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En kayak sur la nappe phréatique de Montréal

Faire du kayak sur la nappe phréatique de la métropole, à 10 mètres sous le sol, c’est possible. Alors que Spéléo Québec songe à ouvrir les couloirs nautiques de la caverne de Saint-Léonard au grand public, Métro s’est aventuré dans ce site unique au monde. Récit d’une aventure spéléologique. 

C’est avec le sourire que le vice-président de Spéléo Québec Daniel Caron nous accueille à l’entrée de la caverne.

Qui se douterait que derrière cette porte, située en plein milieu du parc Pie-XII à Saint-Léonard, se cache l’une des cavernes les plus rares au monde?

«Elle a été créée avec le déplacement d’un glacier. Habituellement, ceux-ci forment de petites grottes dans les régions montagneuses, alors qu’ici, nous sommes au milieu d’une grande plaine.»

Galerie de l’Écho

Après quelques explications sur l’aménagement de l’entrée de la grotte découverte en 1811, Daniel Caron nous emmène dans sa première partie, la galerie de l’Écho.

«C’est la partie originale de la caverne. Jusqu’en 2017, il n’y avait qu’ici où on pouvait mettre les pieds.»

Autour, une chambre de roc d’environ 40 mètres carrés se dresse. Des stalactites accompagnées de coulées de calcite – cette matière née de l’érosion de la roche – et de quelques coquillages fossilisés parsèment le sol et le plafond.

Si la température extérieure avoisine aujourd’hui les 0 °C, il fait plus chaud dans la grotte.

«L’échange d’air est beaucoup plus lent, cela se fait sur plusieurs années, explique Daniel Caron. La température d’une caverne sera donc toujours proche de la moyenne annuelle de la région où elle se trouve.»

Un passage excavé par Daniel et ses collègues mène à la deuxième galerie. (Crédit Photo: David Flotat, Métro Média)

Galerie de la Radiesthésie

Après que nous nous sommes engouffrés dans un passage au fond de la chambre, Daniel nous entraîne vers la deuxième galerie.

Une fois arrivés, nous constatons que celle-ci est beaucoup plus imposante que la précédente.

La hauteur du plafond atteint par endroits près d’une dizaine de mètres de haut. (Crédit Photo: David Flotat, Métro Média)

«En découvrant la galerie de la Radiesthésie, nous avons élargi le réseau de la caverne à plus de dix fois sa taille initiale», explique-t-il.

Après avoir pratiqué la spéléologie dans le monde entier, jamais je n’aurais pensé découvrir une caverne aussi unique en plein Montréal à 30 minutes de chez moi.

Daniel Caron, vice-président de Spéléo Québec et codécouvreur de la deuxième galerie.

Au sud, le sol s’enfonce pour atteindre le début d’une étendue d’eau interrompue par une colonne de roche. Une échelle fixée sur celle-ci monte vers un énigmatique passage.

Sur la nappe

À peine sommes-nous réchauffés de cette expérience glaciale que notre guide nous invite à descendre sur notre kayak.

Devant nous, un couloir baignant dans une eau bleue dont on ne distingue pas le fond apparaît: la nappe phréatique!

La balade en a valu la chandelle! Un spectacle étonnant se présente devant nous: 300 mètres de silence saisissant, interrompu seulement par des bruits de gouttes lointains témoignant de l’immensité de cette partie de la caverne.

«C’est un espace naturel complètement vierge. Depuis la création de la ville, son niveau baisse de plus en plus, car elle est moins alimentée en eau de pluie», dit Daniel, d’une voix dont l’écho résonne jusqu’au fond de la galerie.

Après une quinzaine de minutes à voyager dans ces dédales souterrains, il est temps de faire demi-tour puisque la suite de la galerie n’est pas assez haute pour laisser passer les kayaks.

«La galerie continue sur 70 mètres environ, mais il faut y aller à la nage. Plus loin, l’eau rejoint le plafond. Nous ne sommes pas allés au-delà pour l’instant, car le passage est trop étroit pour plonger avec des bouteilles.»

Daniel nous explique que vider une partie de l’eau permettrait peut-être un jour de découvrir ce qu’il y a au bout de ce tunnel aquatique.

Une chose est sûre, la surprenante caverne de Saint-Léonard n’a pas fini de révéler tous ses mystères.

Un site unique

  • Formée il y a 15 000 ans, la caverne de Saint-Léonard a été découverte en 1811. Ce n’était alors qu’une galerie de 38 mètres.
  • Durant les années 1980, celle-ci commence à accueillir des visiteurs sous la supervision de Spéléo Québec. La Communauté urbaine de Montréal en fait un «site patrimonial d’intérêt régional» en 1988.
  • Près de 150 ans après sa découverte, les spéléologues Daniel Caron et Luc Le Blanc décident après des années d’investigation de désobstruer une partie meuble du fond de la grotte. La trouvaille d’une seconde galerie menant à la nappe phréatique de Montréal fera le tour du monde, allant jusqu’à faire l’objet d’un reportage de National Geographic.
  • En juin 2021, l’arrondissement de Saint-Léonard a approuvé une demande de financement auprès d’Infrastructure Canada afin de créer un centre d’interprétation scientifique dans la même veine que le Biodôme ou le Jardin botanique. Ce «Centre de la Terre» verrait le jour au-dessus de la caverne, qui serait quant à elle aménagée pour la rendre plus accessible au public.
  • La galerie navigable n’est pour l’instant ouverte qu’aux membres actifs de Spéléo Quebec et à une poignée de scientifiques et géologues. Spéléo Quebec travaille cependant d’arrache-pied pour l’aménager et la rendre plus accessible. Une mise à jour de la situation est prévue à l’été 2022. 

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