Société

Rage Against The Machine 

CHRONIQUE – Mi-90, cégep. Une flopée de jeunes plein d’espoir, aux griefs manichéens et plus ou moins fondés, se retrouvent sur le plancher de danse de leur bar favori. Un nouveau groupe fait maintenant rage, et c’est le cas de le dire. Celle contre la machine du capitalisme, de l’exploitation et du racisme. Ses chansons, musicalement parfaites portent aux nues la lutte contre les machinations décriées: 

They say jump and ya say how high

Ya brain-dead

Ya gotta fuckin’ bullet in ya head 

Avouez que vous l’avez maintenant dans la tête, justement. 

Idem pour l’incontournable Killing in the Name, avec son crescendo final crié à tue-tête comme un mantra: 

Fuck you, I won’t do what you tell me…

Le pire? On y croyait. 

*** 

Maintenant, 25 ans (!) plus tard, le groupe a, selon les comptes-rendus médiatiques, apparemment mis le feu au Festival d’été de Québec. 

Selon le Journal de Québec

«Zack de la Rocha a mis le public en garde contre les riches et puissants qui veulent nous « faire retourner en arrière ». Dans le même élan, le groupe s’est porté à la défense des droits des Premières Nations […] Cet intermède politique a mis la table pour une finale foudroyante, alors que le groupe et le public ont chanté Killing in the Name dans l’euphorie la plus totale.» 

Pas pu m’empêcher, à la lecture de la recension, de réfléchir à ceci: combien, parmi ces dizaines de milliers de fans en transe, partagent réellement  ̶  même à temps partiel  ̶  la frustration, la colère et la militance des paroles du groupe californien? Combien s’apprêtent à voter, aux prochaines élections québécoises, pour un parti traditionnel? Duhaime et RATM, même combat?

Combien se satisfont, sans trop forcer, des conditions matérielles d’existence actuelles? Des injustices patentes, par exemple les paradis fiscaux et la complaisance, sinon la complicité directe, de nos dirigeants envers ceux-ci? 

Qui s’insurge du fait que moins de trois ans nous séparent, côté réchauffement climatique, du point de bascule? 

Qui, après la panique spontanée provoquée par le renversement de Roe contre Wade, s’inquiète toujours de l’érosion des libertés publiques et autres droits fondamentaux? Des probabilités d’une guerre civile aux USA, et de l’instauration d’une dictature prochaine?

Qui se souvient du carnage pandémique dans nos CHSLD, et de la facilité éhontée du gouvernement Legault de tirer le scandale sous le tapis? De l’ovation debout réservée à ses deux ministres en charge lors la catastrophe? 

Qui a déjà levé le petit doigt  ̶  ou encore la voix  ̶  pour dénoncer la réalité autochtone? Son passé, notamment ses pensionnats? Qui se rappelle le refus caquiste d’adopter le principe de Joyce, lequel souhaite reconnaître à tous les Québécois, autochtones compris, le droit aux mêmes soins de santé? 

Qui s’objecte du fait de l’épouvantable cruauté des abattoirs et autres traitements similaires, malgré l’adoption unanime à l’Assemblée nationale de la loi sur le bien-être animal? Qui, parmi les députés ayant voté cette loi, ira parader au prochain rodéo de St-Tite?

Qui qualifie de crime contre l’humanité les agissements de Bolsonaro, lequel a foutu, par procuration, le feu à plus de 30% de l’Amazonie, poumons planétaires par excellence? Qui a déjà songé lui botter le derrière hors G20?

Qui s’élève contre les politiques énergétiques canadiennes, le projet Bay du Nord, par exemple?

Qui parle de l’Ukraine aujourd’hui? Du million de Ouïghours détenus dans les camps de concentration chinois? Du fait que les Apple, Volkswagen, Adidas, Gap, Amazon, Samsung, Sony, Calvin Klein et autres multinationales profitent directement, à l’instar de nous, consommateurs, de leurs travaux forcés? 

Fuck you I won’t do what you tell me? 

Pas sûr de ça, buddy…

Inscrivez-vous à notre infolettre et recevez un résumé quotidien de l’actualité de Montréal.

Articles récents du même sujet