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Il y a 32 ans, la police débarquait au Sex Garage

Manifestation organisée par ACT UP Montréal suite à la descente policière au Sex Garage. René LeBoeuf, 29 juillet 1990. Fonds Michael Hendricks / René LeBoeuf (AGQ-F0107). Archives gaies du Québec.
Manifestation organisée par ACT UP Montréal à la suite de la descente policière au Sex Garage. Photo: Courtoisie - Archives gaies du Québec

Il y a 32 ans aujourd’hui, un triste événement marquait à jamais l’histoire des communautés LGBTQ2+ au Québec: une descente policière au Sex Garage. Mais, en 2022, où en est la relation entre ces communautés et les forces de l’ordre?

Nous sommes le 15 juillet 1990. Ce soir-là a lieu une soirée dans le populaire établissement Sex Garage. Plusieurs centaines de personnes sont présentes dans ce bar clandestin du Vieux-Montréal. Au cours de la nuit, des policiers effectuent une descente dans l’établissement et font sortir les personnes dans la rue.

À l’extérieur, les forces de l’ordre les attendent sans insignes d’identification, matraques à la main. Ils leur assènent de violents coups sous une pluie d’insultes. Le tout se passe sous l’objectif de la photographe Linda Dawn Hammond, elle-même présente à la soirée.

Le lendemain a lieu une manifestation pacifique devant le poste de police 25. En réponse, la police réprime violemment les manifestant.es, conduisant à l’incarcération et à l’hospitalisation de plusieurs d’entre eux et elles.

Il a fallu attendre à 2017 pour que le maire de Montréal de l’époque, Denis Coderre, et le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, présentent leurs excuses pour la discrimination que les communautés LGBTQ2+ ont subie entre les années 1960 et 1990.

Des événements comme celui-là ont contribué à l’érosion du lien de confiance entre les communautés LGBTQ2+ et les forces policières. Cette confiance ne semble toujours pas avoir été retrouvée à ce jour.

Un lien de confiance «à bâtir»

Lors d’une entrevue accordée à Métro sur l’état de l’homophobie et de la transphobie à Montréal, le directeur général de la Fondation Émergence, Laurent Breault, évoquait cette relation compliquée de nos jours.

«En ce qui concerne le SPVM, c’est sûr qu’il y a eu pas mal d’avancées. […] mais il y a encore beaucoup de travail à faire relativement à la capacité à bien interagir avec la communauté LGBTQ2+», expliquait-il.

M. Breault relatait, lors de cette entrevue, que des histoires au sein de la communauté témoignaient de policiers n’ayant «pas pris au sérieux» de la violence conjugale entre deux hommes. Il expliquait également que lors d’un appel pour violence au 911, le policier va par défaut assumer qu’il s’agit d’un couple hétérosexuel.

Le lien de confiance entre les communautés [LGBTQ2+] et les forces policières est à bâtir.

Laurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence

Pour le directeur général de Fierté Montréal, Simon Gamache, les craintes envers le SPVM sont encore bien présentes. «Il y a une très grande méfiance […] les communautés ont beaucoup souffert, dit-il. C’est plus prononcé dans les communautés trans et non binaire.»

Il explique que lors du dépôt d’une plainte, les personnes trans ou non binaires se verront ainsi demander si iels sont une femme ou un homme. «On est dans l’hétéronormativité. […] C’est une base institutionnelle pas adaptée à la réalité», explique Simon Gamache. «Ce sont des réalités qui semblent être mal comprises par les institutions, dont le SPVM.»

Une évolution «très lente»

Pour le directeur général de Fierté Montréal, les forces policières, comme toute institution, «changent très lentement». La criminalisation du travail du sexe et de la possession de drogue ne fait qu’empirer les relations avec les communautés LGBTQ2+ et les marginalise encore plus. «Les policiers doivent intervenir dans un cadre légal qui est un petit peu dépassé», dit-il.

Selon lui, la possibilité qu’ont les policiers de prendre leur retraite après 25 ans de service contribuerait à la «perte de la mémoire institutionnelle». Elle permettrait aussi un «renouvellement de la culture interne» du corps policier.

«Si, après 25 ans, il n’y a plus personne qui était là [lors de ces événements], on oublie, puis on recommence un petit peu à zéro», dit-il. «C’est lent. C’est trop lent. On aimerait que ça aille beaucoup plus vite que ça.»

Revoir la formation?

Simon Gamache et Laurent Breault déplorent que la formation du corps policier quant aux réalités LGBTQ2+ ne soit pas assez soutenue.

«Ce n’est pas seulement le SPVM, c’est tout le processus de formation des policiers [qui est à considérer], expliquait Laurent Breault. Les techniques policières dans les cégeps, elles n’ont pas de formation sur les réalités LGBTQ2+, ou très peu. Souvent, ce n’est pas dans le cursus. Ce sont les professeurs qui décident eux-mêmes d’ajouter ça. Même chose à l’École nationale de police.»

«Ça commence à se mettre en place très tranquillement. C’est lent et on espérait que ça aille plus vite que ça», dit-il.

Le SPVM explique avoir commencé des rencontres de formation pour sensibiliser aux réalités LGBTQ2+ depuis l’automne 2021. Elles visent à «mieux comprendre les subtilités sociétales des différents groupes qui composent les communautés et [à] être sensibles à leurs réalités».

«Il est important pour le SPVM de développer des liens de confiance […] afin que [celles-ci] se sentent en confiance lors de leurs interactions avec nos représentants», explique le SPVM.

Un comité sur la diversité sexuelle et de genre a aussi été mis en place. Il vise à rassembler les employés policiers et civils de la diversité sexuelle et de genre au SPVM.

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