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10:00 9 avril 2021 | mise à jour le: 9 avril 2021 à 16:31 temps de lecture: 4 minutes

Deep Time: étudier l’isolement extrême prolongé

Deep Time: étudier l’isolement extrême prolongé
Photo: Gracieuseté Human Adaptation InstituteLes volontaires de Deep Time seront enfermés pendant 40 jours.

Pouvez-vous imaginer être coupé du monde pour plus d’un mois, sans aucun téléphone ou ordinateur, ni même le sens du temps qui passe? Ce scénario cauchemardesque forme le cœur de Deep Time, une expérience scientifique menée par un groupe de chercheurs. Métro se penche sur les dessous de cette étude pour voir à quoi ressemblerait ce scénario-cauchemar.

Un groupe de 15 personnes (7 femmes, 7 hommes ainsi que le chef du projet, Christian Clot) se trouvent actuellement en mission pour 40 jours dans la grotte de Lombrives, en France. Ils se trouvent dans l’isolement le plus total.

L’idée derrière l’expérience est venue l’an dernier alors que le monde tombait en confinement à cause de la pandémie de COVID-19. Le but était de découvrir les mécanismes d’adaptation que les gens développent dans une situation réelle, comme celles vécues depuis le début de la pandémie.

«Ils vont vivre pendant 40 jours sans aucun accès à la lumière ni aucune indication concernant l’heure du jour. C’est extrême.» – Christian Clot, chef du projet et des équipes souterraines

Parmi les autres objectifs, les chercheurs veulent comprendre la plasticité du cerveau dans le temps, l’impact de la désynchronisation causée par une nouvelle situation de vie ainsi que l’habileté d’un groupe de personnes à retrouver une synchronisation fonctionnelle lorsqu’immergé dans un univers complètement neuf, en l’absence de repères temporels.

Pendant que les participants se trouvent dans la grotte, une équipe située à la surface gère et analyse les informations provenant de l’expérience. Cette équipe ne peut toutefois contacter les participants.

Jérémy Roumian, directeur des opérations et des partenariats de Deep Time, fait partie de cette équipe de surveillance. Il vit à l’entrée de la grotte afin de garder l’œil sur ce qui se passe à l’intérieur et s’assurer que tout est en place pour une expérience sécuritaire.

«Tout nouveau projet ou nouvelle exploration comprend des risques. Mais l’expédition a été conçue et préparée pour assurer un séjour sécuritaire pour tous les deeptimers», dit-il en entrevue.

Avant d’entrer dans la grotte, Christian Clot, chef de projet, s’est entretenu avec Métro pour parler de cette expérience scientifique extrême.


Quatre questions à…

Christian Clot, explorateur-chercheur et chef du projet Deep Time et des équipes souterraines

Qu’est-ce qui vous a inspiré à organiser le projet Deep Time?

Ça m’est venu après le confinement et les mesures sanitaires imposes avec la COVID-19, qui ont plongé 70% des gens dans un état de fatigue mentale et fait perdre la notion du temps à 40% de la population (une «covidadaptation»). Si les changements pourraient être plus profonds et plus nombreux à l’avenir, il est important de mieux comprendre les mécanismes d’adaptation dans des situations de vie réelles. C’est ça le but de la mission Adaptation, dont fait partie le projet Deep Time.

Quel est le but de l’expérience?

Le travail accompli par le précurseur Michel Siffre nous a permis de mieux comprendre les rythmes biologiques humains pour un individu. Mais cette expédition de recherche nous permettra d’étudier le cerveau humain et sa relation avec le temps ainsi que sa plasticité dans une nouvelle situation de vie, dans le cadre d’un groupe mixte plutôt que simplement pour un individu isolé. Ça n’a jamais été fait dans de telles conditions.

Pourquoi les enfermer dans une grotte?

L’inverse d’un laboratoire ou d’un bunker, un environnement naturel nous permet d’éprouver des émotions sensorielles et d’avoir une relation réelle avec un écosystème, tout en garantissant l’absence de références temporelles. Lombrives, la plus grande grotte d’Europe, nous permet aussi de nous déplacer et d’explorer un vaste territoire. Ce sont des notions fondamentales pour étudier notre capacité à nous adapter. À l’intérieur, les espaces de vie, les espaces de science et les habitats sommaires ont été installés de façon à pouvoir soutenir la vie humaine. Et la grotte elle-même est un lieu important de découvertes.

Quelles sont vos attentes?

Les nouvelles conditions de vie, le travail dans des conditions restreintes et, de façon plus générale, la gestion de changements profonds qui pourraient survenir à cause de changements écologiques ou technologiques sont tous des applications possibles des résultats des études menées pendant Deep Time.

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