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Des histoires d’OVNI

Des histoires d’OVNI
Photo: Getty Images/iStockphoto

bouton paranormalToute la semaine, Métro publie des articles consacrés au paranormal.
Lundi: Mission: démystifier le paranormal. Entrevue avec des chasseurs de fantômes
Mardi: Entrevue avec un sceptique
Mercredi: Quelques endroits touristiques lugubres
Vendredi: La cryptozoologie et Les malédictions dans le sport

Depuis 16 ans, Gilles Milot et ses collègues de l’Association québécoise d’ufologie (AQU) enquêtent sur les cas d’observation d’objets volants non identifiés (ovnis) qui leur sont rapportés. Ils cherchent à déterminer, avec prudence, si les cas soumis sont explicables ou non. Métro a recueilli quelques histoires d’enquêtes menées par l’association.

C’était en novembre 1998 ou 1999, dans Lanaudière, près de Saint-Jean-de-Matha. La veille du cas rapporté, deux observations de ce qu’on considérait comme des ovnis avaient été rapportées dans le secteur. «Trois personnes sont parties faire du déboisement pour préparer une piste de Ski-Doo en vue de l’hiver qui s’en venait, raconte Gilles Milot, président de l’AQU. Elles sont arrivées près d’une petite colline rocheuse. Il y avait une grosse pierre qui dégageait énormément de chaleur, et, aux alentours de la pierre, le terrain s’était affaissé, comme [si] une gang de chevreuils ou d’orignaux s’étaient couchés là.» Au sol, à côté de la pierre, les observateurs ont vu des traces. «L’empreinte comportait trois doigts en avant et un en arrière, avec des genres de griffes», illustre M. Milot.

Un des témoins prend des photos de ces mystérieuses empreintes et appelle le responsable de l’AQU. «Pour [les témoins], c’était lié aux observations d’ovnis de la veille, se remémore-t-il. Ils pensaient [que les ovnis avaient atterri] à l’endroit où il y avait la roche, et que la chaleur pouvait venir d’une certaine irradiation. Les pistes qu’ils voyaient auraient donc pu provenir des entités qui se seraient trouvées dans les hypothétiques appareils.» Tout au long de l’entrevue, M. Milot prend bien soin de peser ses mots, rapportant ce qu’on lui a confié sans prétendre qu’il s’agisse de vérités.

«Les gens nous contactent et nous disent: “[J’ai vu] un ovni”. C’est vrai, c’est un objet volant non identifié. Et nous, notre job, c’est de l’identifier.» -Gilles Milot, président de l’Association québécoise d’ufologie

Quelques jours plus tard, M. Milot se rend sur place pour examiner la scène. Les traces avaient disparu, mais il avait les photos en main. Il contacte une connaissance, familière avec les empreintes fossiles. Cet homme identifie les marques, qui seraient des traces laissées par des émeus. Gilles Milot constate lui-même la ressemblance entre les traces transmises par photo et des pattes d’émeus, vues lors d’une visite au zoo de San Diego.

Mais les pattes observées au zoo sont beaucoup plus petites que celles observées à Saint-Jean-de-Matha… «On a laissé ça de même, mais je me disais qu’il fallait faire enquête», raconte le président de l’AQU. Au cours de ses recherches, Gilles Milot apprend que des émeus s’étaient enfuis d’une ferme de la région au début de l’été. «Personne ne croit que ces émeus-là auraient été capables de survivre à l’été, à cause des prédateurs notamment. Mais admettons qu’ils auraient survécu? Pour moi, [le cas était alors] réglé».

ACTU dessin ovni pierre brassard
Illustration de Pierre Brassard | http://www.pierrebrassard.com

Réglé, vraiment? D’autres témoignages concernant les fameuses traces viendront aux oreilles du passionné d’ufologie. Mais même si ces autres récits rendaient l’histoire «bizarre», et même si la présence d’un émeu de cette taille en liberté au Québec est presque impossible, M. Milot demeure strict. «J’ai mis ça dans la [catégorie] cryptozoologie. Ce n’est plus de l’ufologie. Ce n’est pas un extraterrestre.»

Selon Gilles Milot, plusieurs personnes qui commencent à s’intéresser aux phénomènes ufologiques communiquent avec l’association pour raconter «des affaires incroyables». Mais les membres de l’AQU cherchent avant tout à expliquer les observations, quitte à décevoir les «témoins». Ils s’aident des connaissances d’astronomes amateurs, évaluent le degré de crédibilité des cas, vont sur les lieux où les observations ont été faites, cherchent si les photos présentent des signes de montage, par exemple. Un canular soumis à l’association a d’ailleurs été démasqué récemment.

Le canular de Buckingham
C’est la vigilance et l’expérience de deux directeurs régionaux de l’AQU, André Gauthier et Annie Thériault, qui ont permis de révéler un canular lié à une supposée observation, à la fin du printemps dernier. «Ils ont reçu un appel du père d’un jeune qui avait photographié un ovni à travers une fenêtre», résume M. Milot. L’objet volant en question était de forme triangulaire (ou «delta») et de couleur grise, avec des lumières orangées. «La parution sur un autre site [web] d’une photo identique et de meilleure qualité a fait sortir le chat du sac», affirme André Gauthier, responsable de la région outaouaise. Les enquêteurs se souvenaient par ailleurs d’avoir déjà vu des histoires liées à la même photo.

M. Gauthier a réussi à reconstituer la façon dont le témoin a fait la photo transmise à l’AQU. Il s’agissait de prendre une photo de l’image affichée sur un écran d’ordinateur. «On a envoyé un avis au père et on n’a jamais eu de réponse. Ça, c’est significatif», conclut M. Milot, ajoutant que «le web pullule de montages incroyables, on le sait bien. On se souvient de certaines photos. Cette fameuse photo-là, je l’ai vue encore hier!»

En moyenne, M. Milot estime que l’association recueille de 15 à 20 témoignages par mois. Mais des cas créés dans le but de tromper, l’AQU en reçoit très peu. «On en a peut-être eu cinq dans les dix dernières années.» Gilles Milot se souvient d’avoir reçu un courriel auquel était jointe une photo «où on voyait quelque chose qui ressemblait à un œuf, mais plus aplati, assez large. L’objet était soulevé dans un genre de sous-bois, à peu près à 5 ou 6 pieds de terre. Mais en [agrandissant l’image], on voyait qu’autour de l’objet, les pixels étaient différents. Alors j’ai répondu au courriel, [en disant que] c’était un canular. Et j’ai reçu… (rires) des félicitations! Le type m’a dit: “Vous êtes correct, je voulais vous tester.”»

Des cas «trop beaux pour être vrais» – comme des observations spectaculaires, mais qui ne sont rapportées que par un seul témoin – mettent la puce à l’oreille des membres de l’AQU. Certains objets ou phénomènes – tels des lanternes chinoises, des lumières commerciales, des avions, des astres, des planètes et des météores – sont souvent confondus avec des ovnis. «On peut penser à [l’histoire de] Colette Provencher, par exemple, lance Gilles Milot. Ça, c’est un météore, c’est sûr et certain.» [NDLR: une boule verte et lumineuse est apparue derrière la présentatrice Colette Provencher au début du mois, au cours d’un bulletin météo télévisé.]

Certaines histoires demeurent toutefois inexpliquées. Comme des cas de «temps manquant et de possibilité d’enlèvement» qu’évoque M. Milot. Mais inexpliqué ne veut pas dire «vrai» ni «extraterrestre».

L’AQU: rassembler
Passionné d’astronomie, Gilles Milot a fondé l’Association québécoise d’ufologie (AQU), une association bénévole – «tous ceux qui veulent en faire un métier ou qui veulent faire de l’argent avec ça se pètent la gueule», croit-il – pour rassembler les amateurs de ces phénomènes. Les membres se réunissent une fois par mois, à l’occasion des soupers de l’association. Des soupers ouverts à tous, amateurs ou simples curieux, et qui ont lieu dans un restaurant modeste de Montréal-Nord.

Au cours de ces soirées, certains membres font des présentations sur les cas dont on leur a parlé pendant le mois, parlent des observations astronomiques à faire dans le ciel ou traitent de sujets plus pointus.

Certains participants au dernier souper, en septembre, ont raconté à Métro leurs histoires personnelles. Comme ces deux hommes qui désirent conserver l’anonymat et qui affirment avoir été enlevés par des entités et en porter des marques sur leur corps. «Les gens n’ont pas d’endroit pour parler de ça, croit Gilles Milot. Ils se sentent laissés de côté.» Pas à l’AQU.