La mécanique de Kubrick décortiquée
Les maniaques de Kubrick sont légion. Dans Room 237, l’Américain Rodney Ascher laisse cinq d’entre eux élaborer leurs théories saugrenues, ingénieuses ou complètement disjonctées sur les supposées significations cachées de Shining.
En commençant à travailler à son documentaire, Rodney Ascher pensait qu’il finirait par le projeter «dans sa cour, pour 25 personnes assises sur des chaises pliantes». Mais, depuis sa présentation à la Quinzaine de Cannes, son Room 237 a énormément fait parler de lui, soulevant une multitude de discussions non seulement sur les sens cachés de Shining, mais aussi sur le véritable message véhiculé par le docu lui-même. «Les gens viennent me voir pour m’exposer leurs théories sur Room 237! affirme le réalisateur au bout du fil. C’est particulièrement gratifiant!»
Décrivant son long-métrage comme un «documentaire subjectif», Rodney Ascher rappelle que «de toute façon, un documentaire objectif, ça n’existe pas». «Et le mien l’est encore moins que tous les autres!» ajoute-t-il.
Comme de fait, Room nous plonge dans l’univers de Kubrick par le biais d’un montage ingénieux. En voix off, les intervenants amoureux, qui ont regardé le célèbre film d’horreur mettant en vedette Jack Nicholson près de 2000 fois, sous tous les angles, au ralenti, à l’envers, en repérant les moindres détails, expliquent leurs découvertes. Que The Shining est une allégorie de l’Holocauste, par exemple, ou encore, qu’il est une métaphore du génocide des Indiens par les Américains.
Parfois, certains des interviewés sont plus réticents à révéler leurs trouvailles, comme Jay Weidner, ce réalisateur qui voit un symbole sexuel là où tout le monde voit une poignée de main ou qui aperçoit le portrait de Kubrick supposément imprimé dans les fameuses montagnes du début. «On voulait vraiment explorer non pas The Shining en tant que tel, mais plutôt la façon dont les spectateurs s’approprient un film une fois qu’il sort en salle, explique Ascher. On voulait également analyser comment, avec les outils qu’ils ont à leur portée, les cinéphiles arrivent à comprendre une œuvre donnée.»
Pendant les mois qu’il a passés sur ce projet, le réalisateur avoue avoir été complètement aspiré par les différents points de vue de ses intervenants. Il dit même s’être souvent senti coincé dans la multitude de pistes à explorer.
«Heureusement, mon acolyte [le producteur] Tim Kirk était là pour m’épauler! s’exclame-t-il. Vous savez, je suis aux prises avec plusieurs obsessions et je ne connais personne qui en a de pareilles. Ça m’a rassuré de trouver en Tim un collaborateur qui partageait mes angoisses. Et maintenant que le film est vu, projeté et que les gens écrivent à son sujet, je sens que nous ne sommes plus seuls! Qu’il y en a d’autres, comme nous, sur cette terre!»
Room 237, aux RIDM
Vendredi à 21 h 30 et samedi à 19 h
À l’Excentris