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La vengeance rose fluo de Benjamin Biolay

MONTRÉAL – L’auteur-compositeur-interprète Benjamin Biolay ne se souvient plus pourquoi il a baptisé son sixième album «Vengeance», mais il assure qu’il n’en voulait à personne.

Il trouvait simplement l’idée amusante, surtout en la jumelant avec un visuel «pas du tout apocalyptique ou vengeur», comme en témoigne la pochette rose fluorescente de l’album déjà en vente depuis quelques semaines.

Les contrastes s’infiltrent jusque dans la musique de Benjamin Biolay, qui aime jongler avec différents styles et collaborateurs. Les 14 chansons de «Vengeance» vont de la pop acoustique avec cordes («Profite», un duo avec Vanessa Paradis) aux beats hip-hop («Belle époque», un duo avec le rappeur Oxmo Puccino), en passant par le mélodrame orchestral («Venganza») et les guitares d’allégeance new wave («L’Insigne Honneur»).

«Ça serait encore plus éclectique si je ne faisais pas le tri et si je n’essayais pas de rendre les choses encore plus cohérentes», explique Benjamin Biolay lors d’un entretien téléphonique depuis la France.

Le compositeur a privilégié une approche ludique pour ces plus récents enregistrements. «J’ai fait ça entre différents projets, entre différents concerts. J’allais en studio dès que je pouvais, pour mon plaisir, et je n’avais qu’une envie, c’était de faire de la musique, d’écrire des chansons et de tirer dans tous les sens.»

Dans ce contexte, il aime bien aller au bout d’une idée, «qu’elle soit un peu hip-hop, ou très classique, ou rock (…) La chanson, il faut qu’elle intervienne — en tout cas dans mon cas — à la fin du processus.»

Il en va de même des collaborations, qui ont été nombreuses tout au long de sa carrière. «Ce sont des choses qui arrivent pas tellement par accident, mais très spontanément. La plupart des collaborations de cet album se sont faites avec des gens avec qui j’étais en train de travailler. Bon an, mal an, on s’est retrouvé à écouter mon disque et certains ont eu envie de chanter, et j’étais content d’être bien entouré.»

«Superbe» succès populaire

Benjamin Biolay avait peu de raison de vouloir se venger de quoi que ce soit lorsqu’il a entamé le travail sur «Vengeance», surtout depuis la parution, en 2009, de son précédent opus, «La Superbe», qui a étendu une couche de succès populaire sur le succès critique qu’il connaissait déjà.

«La Superbe» a valu à Benjamin Biolay le prix Victoire de l’album de chanson/variétés en 2010, année où il raflait en plus le Victoire de l’interprète masculin.

«C’est vrai que ‘La Superbe’, ça a été une sorte de point d’orgue, et ça a été un beau moment pour moi et pour tous les gens qui travaillent avec moi, mais j’avais encore moins raison de me venger, parce que j’avais eu un succès magnifique.»

Le chanteur assure que le succès populaire n’a pas influencé son processus de création. «Je fais la même chose depuis que j’ai 14 ans et j’en aurai bientôt 40: c’est donc vraiment un truc qui n’est pas trop altérable ou influençable. En revanche, j’ai découvert la joie d’être sur scène et la joie d’avoir un public nombreux. C’est vrai que c’est formidable.»

Passage au Québec

Benjamin Biolay s’apprête à entamer en mars une tournée qui le mènera notamment en France, en Espagne, en Allemagne, en Suisse et au Portugal. Il espère ensuite participer aux Francofolies de Montréal et aimerait bien pouvoir faire une tournée au Québec avant la fin 2013.

L’auteur-compositeur connaît déjà bien le Québec, notamment pour y avoir réalisé trois albums d’Isabelle Boulay, dont le plus récent, «Les Grands Espaces», paru l’an dernier.

Du Québec, il apprécie entre autres choses le bagage très «américain» du continent. «C’est vrai qu’il n’y a qu’au Québec où je peux enregistrer du style ‘guitare’ joué convenablement. En France, personne ne sait jouer de ça, quoi.

«Je suis très sensible à la lumière, au climat, aux paysages urbains, donc, forcément, dès que j’y suis (au Québec), je bascule un petit peu. Par exemple, quand je prends ma guitare, je deviens beaucoup plus ‘folkeux’ ou beaucoup plus américain — en tout cas, moins anglais dans mes influences.»

En attendant d’attaquer la scène, Benjamin Biolay termine de réaliser le prochain album de Vanessa Paradis, qui va paraître au printemps. Mais il est impatient d’en finir avec ce «moment très particulier» qui suit la sortie d’un disque et précède la tournée qui l’accompagne.

«L’album appartient au passé, mais il est encore tout frais. Je sais qu’il fonctionne, que les gens l’achètent, mais je ne les vois pas.»

Si le temps fait oublier les douleurs, il est souhaitable que d’ici mars, il n’éteigne pas cette «Vengeance».

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