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En tête-à-tête avec Gaga

Michael Freidson - Metro World News

Lady Gaga a passé quelques heures dans les bureaux de Métro à titre de
rédactrice en chef invitée
pour cette édition du 17 mai, Journée
internationale contre l’homophobie.

Métro
a également rencontré la Mother Monster au Beverly Hills Hotel pour un entretien exclusif, et fort instructif.  La star de 25 ans aspire à partager avec le public ce qu’elle est grâce à son nouvel album. «Voici qui je suis», dit-elle.

Parlons d’abord de votre nouvel album, Born This Way. Est-il porteur d’un thème? Avons-nous tort d’attendre un éloge de la musique dance?
Non. En fait, Dieu merci, tout le monde attend quelque chose de moi maintenant. Born This Way est ma réponse à plusieurs questions que je me suis posées pendant des années : Qui es-tu? Que veux-tu faire dans la vie?… Le thème principal de cet album est la lutte que je mène pour comprendre comment exister en tant que moi-même, en tant que personne vivant constamment entre le fantasme et la réalité.

Et comment est-ce de vivre entre ces deux pôles?

Il ne s’agit pas de deux pôles, mais de deux mondes. De deux esthétiques. Par exemple, les thèmes religieux que j’explore sur l’album ne sont pas nécessairement religieux au sens institutionnel du terme, mais concernent plutôt la fascination qu’exercent certains personnages. On m’a parlé toute ma vie de Judas, de Jésus et de Marie-Madeleine. Marie-Madeleine me fascine parce qu’elle était, selon moi, à la fois entièrement humaine et entièrement divine. Alors, comment puis-je, moi, être pleinement magique et pleinement humaine?

Vous allez vous faire poser beaucoup de questions personnelles, parce que c’est votre personnalité que vous vendez sur Born This Way.
N’est-ce pas intéressant, qu’on ait à vendre sa personnalité? C’est précisément de ce genre de chose que parle Born This Way. Je ne veux pas vendre ma personnalité. Ma personnalité m’appartient, comme la vôtre vous appartient.

La différence est que vous me demandez de payer pour la vôtre. Êtes-vous authentique ou faites-vous partie d’un vaste appareil publicitaire?
Cela revient à demander : «Êtes-vous honnête? Êtes-vous intègre? Est-ce que vous vous foutez de nous?» Écoutez, mon engagement social en faveur de l’égalité et des droits des gais, tout comme ma musique, sont totalement authentiques. Mais je ne souhaite pas qu’on sache complètement qui je suis. Ce que je fais consiste en partie à vous demander de regarder en vous-même, de vous poser des questions.

Avez-vous suivi une thérapie?

Pas encore. Je devrais peut-être! [Rires] J’entretiens une relation très étroite avec ma famille. Je suis très proche de mes fans et je suis à l’écoute de ce qu’ils veulent. Et je suis aussi à l’écoute de moi-même. À la fin de la journée, je veux pouvoir me regarder dans le miroir et être fière de tout ce que je représente et de tout ce pour quoi je me bats. Je n’ai aucune raison de faire ou de dire quoi que ce soit qui ne vienne du fond de mon âme. Je travaille très dur. Je ne fais pas beaucoup la fête. Vous ne me verrez pas tituber à la sortie des boîtes de nuit ou acheter une Range Rover. La justice sociale et la musique sont les deux choses les plus importantes dans ma vie. Je ne pourrais être plus claire.

Et où s’intègre la sexualité dans tout ça? L’utilisez-vous consciemment?
Pourquoi me demandez-vous ça? Parce que je suis sexy? [Rires] Eh bien, je suis une femme. Bien, main­tenant, qu’est-ce que vous trouvez particulièrement sexy? Je trouve ça amusant. Pendant les deux premières années et demie de ma carrière, on m’a considérée comme la fille bizarre qui s’habillait de manière folle. Je ne crois pas être perçue comme sexy.

Vous ne vous êtes jamais sentie sexy, même à vos débuts?
Je me suis sentie comme n’importe quelle fille de 15 ans qui essaie de démêler tout ça. Je suis comme n’importe quelle fille, vraiment. Est-ce que je me voyais comme un être sexué? J’ai longtemps été très peu sûre de moi; je ne savais pas si je pouvais être à l’aise avec tout ça. Ce n’est que récemment que j’ai vraiment commencé à apprécier le sexe. Je disais l’autre jour à ma sÅ“ur que ce n’est que quand on s’aime vraiment qu’on peut donner de l’amour aux autres.

Êtes-vous accro à vos fans?
Eh bien, c’est… c’est étrange parce qu’il n’y a pas vraiment de frontière entre eux et moi. Nous ne faisons qu’un. J’ai l’impression que je mourrais d’un manque d’inspiration si je ne les avais pas. Je ne veux jamais qu’ils sentent que j’ai trahi leur culture. Pour moi, ce n’est pas une question d’argent. Je donnerais toute ma fortune si je devais choisir entre eux et l’argent.

C’est une drôle de réponse, venant d’une mil­lionnaire.
Écoutez, les gens qui font de la musique, qui deviennent célèbres, puis qui mettent la pédale douce et qui finissent par devenir paresseux – eh bien, ils n’étaient pas là pour la musique au départ. Pour ma part, je n’arrive pas à sortir ma musique assez vite. Je voulais lancer cet album il y a sept mois. Je ne me complais pas dans une sorte d’idée romantique de ce qu’être une «artiste» signifie. Je suis une musicienne, mais aussi une visionnaire qui se préoccupe des droits humains et sociaux parce que cela touche mes fans. Voilà en quoi consiste fondamentalement mon travail.

Alors, puisqu’il est question des droits humains, vous vouliez demander aux lecteurs de Métro pourquoi ils sont «nés ainsi» («born this way»)…
Oui, je voulais trouver les monstres les plus branchés et leur poser la question : «Pourquoi êtes-vous nés ainsi?» Cela me rappelle qu’un journaliste étranger m’a bien fait rigoler une fois en me demandant : «À quel point êtes-vous queer

S’agissait-il d’un problème de traduction?
Je lui ai dit, tout d’abord, que nous n’employons pas vraiment ce terme. Ce qu’il me demandait en fait, c’était : «À quel point êtes-vous gaie?» Je suis gaie-hors-de-l’ordinaire! (Rires) Mais ce n’est pas vraiment la bonne manière de présenter les choses. Comme si on l’était ou non. Ce n’est pas mathématique. C’est cette chose, cette esthétique globale complètement subjective qu’on appelle la vie, qui met à votre disposition cette gigantesque palette avec laquelle peindre… Et vous me demandez : «À quel point êtes-vous queer?» Il ne s’agit là que d’une seule palette. Il y a tellement de choses que je dis dans la chanson Born This Way. Pourtant, la première à laquelle pensent les gens, c’est gaiegaiegaiegaiegaiegaie. Êtes-vous gaie? Est-ce une chanson gaie? Et ils passent à côté de tout ce que la vie a à offrir parce qu’ils restent accrochés à un mot. Regardez en vous. Êtes-vous né pour être courageux? Pour rejeter toutes ces étiquettes?

On dirait que vous vous attendez à ce que tout le monde soit rendu au même point que vous.
C’est générationnel. Et c’est moi qui me rappelle à moi-même, en tant qu’artiste : «Chère Lady Gaga, tu n’es pas une mode.»

Attendez – vous appelez-vous Lady Gaga quand vous vous parlez dans votre tête?
Oui. Ce n’est pas Stefani. C’est Gaga. Stefani est aussi la personne que je suis, mais je suis Gaga en permanence. [Silence] Attendez, j’ai perdu le fil de mes pensées en parlant de toutes les personnes différentes que je suis.

Vous parliez du fait de ne pas être une mode.
Ouais. Ça fait peur quand on arrive en studio et qu’on sait que les gens ont une certaine idée au sujet de ce qu’on crée. Je suis obligée de m’écrire des lettres du genre : «Chère toi, personne ne peut te dire qui tu es. Tu es qui tu décides d’être.» Et ensuite, je peux créer de la musique.

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