Les joies du kitsch de Kylie Minogue
C’était il y a un an. Vêtue d’une robe digne des plus belles princesses de Disney, Mariah Carey nous était apparue perchée sur une balançoire, sous une pluie de confettis. Jamais on n’avait été témoin d’une scène aussi kitsch.
Jeudi soir au Centre Bell, Kylie Minogue est parvenue à accoter son homologue américaine, et ce, d’entrée de jeu, en surgissant d’un immense coquillage doré. À ses côtés, de jeunes éphèbes légèrement vêtus, dansant dans un décor de vieux temple antique.
La scène était sans doute censé rappeler La naissance de Vénus, la célèbre toile de Botticelli, mais – hélas – le résultat n’avait rien d’une Å“uvre d’art. Car lorsque Kylie Minogue décide de jouer la carte du kitsch, elle n’y va pas de main morte. Et d’une certaine façon, c’est ce qui fait son charme. La chanteuse de 42 ans assume pleinement son petit côté quétaine, et elle l’exprime avec une telle joie de vivre qu’il serait malhonnête de lui en tenir rigueur.
C’est en multipliant les clins d’Å“il à la mythologie grecque que miss Minogue a donné le coup d’envoi aux festivités. S’inspirant du titre de son dernier opus, judicieusement intitulé Aphrodite en l’honneur de la déesse de l’amour, l’interprète s’est pavanée parmi une horde de gladiateurs musclés (Wow) avant de monter à bord d’un char tiré par quatre danseurs bien attelés (I Believe in You).
Kylie a fait honneur à son titre d’icône gaie à plusieurs reprises durant le concert, notamment pendant Cupid Boy, où apparaissaient, sur les écrans géants disposés entre les colonnes du palais, des images semblant tout droit tirées d’une pub télé de sous-vêtements pour hommes, abdos et muscles en vedette.
La presse britannique a beau la qualifier de Madonna australienne, sur scène, Kylie Minogue n’a pas grand-chose en commun avec la Material Girl… outre son goût pour les nombreux changements de costumes. La jolie blondinette n’a ni l’audace ni le chien de la madone. Sous le feu des projecteurs, elle ne danse pas comme si sa vie en dépendait; elle se dandine gentiment.
À l’instar de miss Ciccone, elle manifeste toutefois un goût prononcé pour les relectures de ses propres tubes. C’est ainsi que, dans la quatrième partie du concert, placée sous le signe des folies bergères, elle confère à Slow, un petit bijou d’électro minimaliste, un style évoquant les chics cabarets music-hall des années 1940… effeuilleuses parées de plumes incluses. Son plus grand tube, Can’t Get You Out of My Head, subit aussi un traitement-choc, passant de bombe dansante à hymne rock.
Les 6 500 spectateurs s’entendront pour dire qu’un des moments forts de la soirée est survenu lorsque Kylie a décidé d’entonner There Must Be An Angel, une reprise des Eurythmics. Poussant la note avec une étonnante justesse, l’étoile a fait taire les critiques qui lui ont souvent reproché sa voix nasillarde. À la voir s’égosiller telle une soprano sur Your Disco Needs You (une demande spéciale du public), on n’avait d’autre choix que de s’incliner.
Kylie Minogue n’est pas une artiste parfaite. On pourrait notamment lui reprocher son manque de profondeur et le caractère «jetable après usage» de sa pop synthétique. Mais au final, tout ça importe peu. Ses chansons accrochent un sourire au visage de ses admirateurs, avec qui elle semble partager une belle complicité.