La princesse de Montpensier: les temps modernes
Bertrand Tavernier a vécu le tournage de La princesse de Montpensier comme un soulagement. Surtout par rapport à son précédent long métrage, In the Electric Mist, où une mésentente avec son producteur a donné naissance à deux versions du même projet.
«Après avoir vécu ça, j’avais envie de me frotter à la France, aux paysages et aux châteaux français. C’était pour moi une manière de retrouver mes repères», explique-t-il lors de son passage à Montréal où son dernier essai a assuré la clôture du Festival des Films du Monde.
Le créateur de La fille de d’Artagnan retourne au 16e siècle pour y retrouver Marie de Mézières (Mélanie Thierry) qui, malgré son amour pour le duc de Guise (Gaspard Ulliel), décide d’obéir à son père et de marier le prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet).
L’action a beau se dérouler il y a de cela des centaines d’années, l’héroïne pourrait évoluer en 2011. C’est même pour cette raison que le cinéaste s’est intéressé à cette histoire.
«C’est presque une princesse du sang. Mais elle n’a pas plus de droits qu’une jeune fille de 18 ans dans une famille fondamentaliste turque ou dans une famille mormone américaine. Elle n’a pas le droit de faire l’amour avant le mariage, de choisir son mari, son destin, sa vie, son métier. À ce moment-là, je me suis dit que j’avais mon personnage. Les acteurs ne jouaient pas dans un film à costumes, ils jouaient dans un film moderne.»
Le terme «film à costumes» en fait pourtant tiquer plus d’un, alors que ce concept est généralement lié à celui d’«académisme» et de «classicisme». Des termes qui sont apparus lorsque l’Å“uvre a été présentée au Festival de Cannes.
«Ça m’amuse, avoue Bertrand Tavernier. Ça ne me fait ni chaud ni froid. Dès que vous avez un film à costumes, le mot académique revient. C’est un trait constant. Mais mon film n’a rien d’académique. Il n’y a jamais de champs-contre-champ, de découpage classique… Il y a toujours eu des gens qui ont éreinté tous mes films. Mais ça ne dérange pas, les films survivent davantage que les critiques.»
Les personnages d’abord
En vieillissant, plusieurs réalisateurs se laissent tenter par les possibilités de leur médium. Martin Scorsese n’est-il pas en train de préparer un film en trois dimensions?
«Ce n’est pas la technologie qui m’excite, mais les gens, clarifie Bertrand Tavernier. Ce que je veux, c’est vibrer pour des personnages, pour des émotions. Je n’ai pas du tout changé : je fais des films pour les mêmes raisons maintenant qu’à mes débuts. Je n’ai pas l’impression que Tim Burton, qui tourne en trois dimensions, a gagné par rapport au Tim Burton de Edward Scissorhands. Je dirais même le contraire. La technologie est intéressante, mais ce n’est pas mon moteur. Mon moteur est de pouvoir passer deux ans avec des personnages comme Marie de Montpensier.»
La princesse de Montpensier
En salle vendredi