La méthode Ian Kelly
Ian Kelly prépare sa rentrée montréalaise avec son calme et son charme habituels. Entretien.
As-tu planifié quelque chose de spécial pour ta rentrée montréalaise?
Hmm… Non! (Rires) Honnêtement, le spectacle de Montréal, c’est un show comme les autres. Je devrais avoir des meilleures critiques pour la rentrée avec ce disque [Diamonds & Plastic] qu’à ma dernière rentrée [pour l’album Speak Your Mind]. Je suis un peu plus prêt et, j’ose espérer, un peu meilleur! Ça fait quand même trois ou quatre ans que je fais ça.
Tu te sens plus à l’aise sur scène et en entrevue?
Oui. Je vis mieux avec ma timidité et ça ne me dérange plus de parler de moi. Ça me stresse moins. C’est rendu que je fais presque des phrases cohérentes!
Dirais-tu que tu es un homme plus serein aujourd’hui?
Oh! oui, c’est sûr! Je pense que j’ai fait des bons choix dans ma vie. J’ai davantage confiance en ce que je fais. Je me sens privilégié! En ce moment, je gagne ma vie à chanter des chansons et à jouer de la guitare. Disons que je ferme ma gueule et que je ne me plains pas! (Rires)
Tu es un autodidacte. Tu dis souvent en entrevue que la technique, ce n’est pas ce que tu mets de l’avant…
Je n’ai pas le choix de dire ça parce que je ne suis pas un grand technicien! (Rires) Je n’ai jamais cadré avec l’école. Je n’ai jamais pris un cours de musique, mais j’en ai écouté beaucoup et je me suis intéressé au son. C’est vraiment là l’essence de ma formation.
Tu viens d’une famille très musicale?
Mon frère, qui est dj, m’a fait découvrir beaucoup de groupes quand j’étais jeune. Sinon, ma mère a toujours écouté beaucoup de musique et mon père également. Surtout du jazz. Il y a eu beaucoup de jazz dans ma jeunesse
Y a-t-il un artiste qui t’a révélé ton goût pour la musique?
Consciemment? Je ne pense pas. Mais j’ai beaucoup de souvenirs de mélodies, comme par exemple Chuck Mangione et plein d’autres trucs que j’ai entendus et qui m’ont brainwashé! Je pense que ç’a contribué au fait que j’ai choisi la musique comme forme d’expression. Ça, et puis le fait que je ne suis pas bon en dessin. (Rires) Tu sais, je pense que le talent, ça existe plus ou moins. Il faut choisir quelque chose, le perfectionner et travailler très fort. Je pense que n’importe qui peut faire n’importe quoi. Il faut juste vouloir.
Tu ne crois pas qu’on naît avec une prédisposition pour un art ou pour un métier particulier?
Je ne pense pas… non. Je pense qu’on peut aller à l’encontre de ses prédispositions et choisir autre chose. Même si on a des petits doigts, on peut jouer du piano! (Rires)
Apparemment, tu «t’attends toujours au pire, mais tu espères le meilleur». C’est une philosophie que tu nourris depuis longtemps?
C’est mon oncle qui m’a aidé à penser comme ça. Je trouve que ça fait du sens parce qu’il faut rêver et être optimiste, mais il faut aussi être réaliste. Tsé, c’est correct d’aller acheter un sofa qu’on ne peut pas se payer en espérant faire plus d’argent l’année prochaine, mais les chances sont quand même grandes qu’on ne fasse PAS plus d’argent l’année suivante. (Rires) Par exemple, moi, j’ai peur que la planète explose dans dix ans. Quand je regarde les faits, ça me confirme mes craintes. J’écoute David Suzuki et il me dit que dans 50, 75, 100 ans, il n’y aura plus d’humains sur la Terre. Disons que je ne peux pas ignorer ça. En même temps, je ne peux pas vivre ma vie en y pensant constamment. C’est un peu ça, «s’attendre au pire mais espérer le mieux».
Est-ce que cette théorie a pris tout son sens lorsque tu as eu des enfants? Est-ce qu’ils ont changé ta vision du monde?
En fait, pendant longtemps, je n’ai pas voulu avoir d’enfants. Je me disais que la vie, c’est d’la marde, et tout ça. Puis, je me suis dit que c’était peut-être eux qui allaient trouver des solutions aux problèmes de notre planète. Bref, je ne sais pas… Tout ce que je sais, c’est que je n’ai pas de regrets. Aujourd’hui, je ne pourrais pas me passer de mes enfants. Ils sont ma plus grande source de bonheur.
Tu as été parfois comparé – à défaut, selon moi -, à Jack Johnson. La comparaison te fait-elle plaisir ou te froisse-t-elle?
J’aime ça que tu dises «à défaut»! C’est sûr que les gens me disent ça de façon positive, mais bon… On compare toujours à d’autre chose. On m’a déjà dit que ma musique ressemblait à James Blunt ou à Tracy Chapman! C’est toujours des trucs qui vendent des milliers d’albums alors je me dis «Bof, ce n’est pas si pire». Par contre, je pense que je n’ai jamais écouté un album de Jack Johnson de ma vie. Disons que ce n’est donc pas une influence majeure! C’est vrai que moi aussi, je suis un peu hippie…
… mais tu n’es pas vraiment un hippie de style hawaïen.
Exact. Je suis un autre type de hippie. Je vis à la campagne, j’essaye de ne pas brûler trop de carburant… Quand mes enfants voient du pain blanc, ils crient : «Oh! Du dessert!» Reste que j’essaye de ne pas être trop extrême. Il faut aussi essayer des choses et vivre des expériences.
Es-tu végétarien?
Je ne mange pas de viande industrielle, ce qui fait que oui, je suis pas mal végétarien! Je dirais que je mange deux ou trois poulets par année! (Rires) Pas loin de chez nous, il y a une ferme qui élève des bœufs et tout ça. Je ne suis pas anti viande, mais je ne pense pas que c’est sain d’en manger autant ou de manger des trucs qui ne sont pas bio. Je trouve également que l’impact de cette industrie sur l’environnement est un petit peu trop intense pour que je l’encourage. Mais je ne veux pas non plus prétendre que je détiens la vérité!
Ian Kelly, à Montréal le 4 février, au Théâtre Corona.
Première partie : Sarah Slean
En tournée québécoise durant les mois de février et mars.