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Nuit #1: au fond des choses

Deux inconnus se rencontrent dans un rave, font l’amour et passent la nuit à discuter. C’est la prémisse toute simple de Nuit #1, le premier long métrage d’Anne Émond qui prend la forme d’un huis clos où l’importance des mots est prépondérante.

Le portrait de génération qui en découle s’avère très sombre et s’apparente à Laurentie, la plus récente œuvre de Mathieu Denis et de Simon Lavoie. «Je me suis rendu compte que, moi et mon groupe d’amis, on vivait encore comme des adolescents, explique la cinéaste. On avait de 25 à 35 ans et était perdus dans la vie, à tous les niveaux…»

«J’ai l’impression que l’angoisse du futur est là, poursuit-elle. Elle est plus présente aujourd’hui qu’elle ne l’était quand nos parents avaient notre âge. Écono­miquement, politiquement, écologiquement : on a raison d’être inquiets.»

Prenant l’affiche au mê­me moment que les Shame et autres Sleeping Beauty qui n’hésitent pas à montrer des corps nus à l’écran, Nuit #1 commence sur une séquence très crue et frontale. «J’aimais cette scène de baise-là au début, affirme Catherine de Léan, qui incarne Clara dans le film. C’est souvent poche des one night stand, mais au cinéma, on nous montre que c’est beau. Dans les films indiens, ils se marient au début et ils essaient de tomber en amour après. Nous autres, on commence par coucher ensemble et on se demande nos noms après!»

Ce rôle n’a pas été une sinécure pour la jeune actrice, qui a dû s’y plonger corps et âme. «C’est complètement pa­niquant pour l’esprit de penser qu’on va faire ça… Et le tournage comme tel, ce n’est pas facile. C’est même difficile. C’est vraiment un sacrifice. Il faut accepter d’aller à l’envers de soi, de sa pudeur, et ça suppose une certaine violence. Ce n’est pas du tout agréable. Mais je pense que le film avait besoin de ça», précise Catherine de Léan.

Y’a les mots
Une tendance de plus en plus répandue au cinéma est de privilégier les silences et les non-dits. Nuit #1 rompt avec ce courant en développant des monologues quasi littéraires qui permettent à ses personnages d’en­trer en communication les uns avec les autres.

«Je suis tannée du silence dans le cinéma d’auteur, déclare Anne Émond. C’est la mode et ça m’énerve : parce que tu tournes un long plan fixe et silencieux où les gens ne parlent pas, tu fais du grand cinéma. Je ne suis pas d’accord avec ça.»

«Dans mon film, on parle, on a des choses à dire et on va les dire avec des mots, poursuit la cinéaste. J’avais besoin de cette prise de parole-là. J’aime mieux élever la voix avec  maladresse que de ne rien dire du tout.»

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