Payback: criblés de dettes
Les échanges ne se limitent pas à l’argent. C’est sur ce constat que repose Payback (La dette), un documentaire basé sur un essai signé
Margaret Atwood.
L’écrivaine canadienne, qu’on connaît davantage pour ses romans pour enfants et pour sa poésie, s’était intéressée, dans Comptes et légendes, la dette et la face cachée de la richesse, aux différents visages de la dette dans le monde. «Ç’a commencé par la littérature, avec Mme Bovary, raconte Margaret Atwood, rencontrée à Montréal. Si elle n’avait pas vécu au-dessus de ses moyens, elle n’aurait pas mis fin à ses jours! La question de l’argent est très présente dans les romans victoriens, chez Charles Dickens, notamment.»
Dans le film Payback, on peut d’ailleurs voir une lecture publique de Margaret Atwood, qui fait un parallèle entre le Scrooge de Dickens et le propriétaire d’usine contemporain. Mais le documentaire n’est pas qu’une simple lecture du livre d’Atwood, qu’on se rassure. «Faire une simple illustration n’aurait pas été intéressant, souligne l’écrivaine. Jennifer Baichwal a essayé de trouver des équivalents dramatiques en se basant sur les sujets que j’abordais.»
Le film évoque donc le déversement de pétrole de la British Petroleum dans le golfe du Mexique, qui a «endetté» les hommes à l’égard de l’environnement; il s’intéresse aussi à deux voisins albanais, dont l’un considère que l’autre lui «doit» la vie, à des prisonniers repentants en prison, ou encore à des travailleurs sous-payés (à l’égard desquels ce sont les consommateurs qui ont une dette…).
Dans ce survol de toutes les dettes qui accablent l’humanité, y a-t-il de l’espoir, selon Margaret Atwood? «Toujours! répond-elle. Mais comme dit Franz Kafka : « Il y a toujours de l’espoir… mais pas pour nous »!»
Invité-surpris: Conrad Black
La présence, dans Payback, de Conrad Black, magnat de la presse condamné à la prison pour son implication dans un scandale financier, peut étonner. «C’est très intéressant, non? lance Margaret Atwood. Cet épisode dans sa vie a changé son point de vue énormément. Il a grandi dans une famille riche, n’a jamais eu de contact avec des gens comme on en trouve en prison… et il les voit maintenant comme des êtres humains. Et c’est un homme très intelligent qui en a certainement beaucoup à dire sur la question de la dette envers la société.»