Alors, on en pense quoi du budget 2026 de Montréal?
Bon. Ça fait une semaine (presque) que le budget 2026 de Montréal a été déposé. On a eu le temps de l’analyser et même d’avoir des détails de plus (ils sont en train de checker tout ça en commission). Qu’est-ce qu’on en retient? Des taxes qui augmentent, certes, mais aussi des pistes cyclables à surveiller, des montants supplémentaires pour l’itinérance et plein de questions qui se cachent dans les chiffres.
En rappel: j’avais ciblé huit sujets qui m’intéressaient particulièrement.
- L’augmentation des taxes
- Les coupures annoncées dans la fonction publique
- Les 30 M$ promis pour les organismes qui œuvrent en itinérance
- Les promesses en matière de logement et d’accès à la propriété
- Les pistes cyclables
- La voie Camillien-Houde
- Le bureau de la rue Notre-Dame
- Le boulevard urbain pour désenclaver Pierrefonds-Ouest
Pour les détails de ce qu’on cherchait à savoir, je vous invite à revoir cette vidéo.
Alors pour le bilan? Voici ce que je retiens.
Les taxes (brièvement) et les coupures de postes
Les taxes municipales ont augmenté de 3,8%, soit bien plus que le niveau de l’inflation. Je ne m’éterniserai pas là-dessus. J’ai fait une vidéo pour expliquer que c’est une promesse brisée.
Ensuite, le budget parle très peu des coupures de postes annoncées par la mairesse. La Ville a bel et bien supprimé une poignée d’emplois, mais ça découle du processus d’optimisation lancé au printemps sous l’ancienne administration.
La Ville annoncera son plan pour réduire les postes en cours d’année. On a aucun détail, mais les fonctionnaires s’attendent à économiser 16 M$ en cette année. En tout cas, c’est moins que les 55 M$ prévus dans le cadre financier présenté pendant les élections. On verra ce que ça donne pour les années subséquentes.
Itinérance en hausse, logement en baisse
Le bras droit de Mme Martinez Ferrada, Claude Pinard, l’avait télégraphié en décembre : les montants octroyés aux organismes qui luttent contre l’itinérance ont été triplés pour atteindre 29,9 M$ cette année. C’est une augmentation majeure, il faut le souligner.
L’étude du budget en commission a d’ailleurs souligné la complexité des mesures pour aider les personnes en situation d’itinérance. Les sommes sont disponibles, mais le nombre de places dans les haltes-chaleur a diminué à cause de problèmes logistiques. Sur les 500 places promises, nous sommes désormais à 320, bientôt 255. Environ 150 autres seront disponibles en février.
Il faut toutefois donner la chance au coureur. Comme l’administration l’a souligné à maintes reprises, les améliorations se feront davantage sentir l’an prochain lorsqu’ils auront eu le temps de mettre en place des ententes de financement récurrentes. Comme ça, les organismes connaîtront bien en avance les ressources et les sites disponibles. Au lieu que tout le monde se fasse surprendre par l’hiver chaque année.
Soraya Martinez Ferrada a aussi concrétisé sa promesse d’investir 100 M$ pour l’acquisition et la conservation d’immeubles pour ajouter des ressources permanentes d’hébergement d’urgence – des refuges, autrement dit.
Par contre, cette somme est tirée de deux programmes qui étaient jusqu’ici destinés au développement du logement social. On ajoute maintenant l’itinérance à ce mix, mais sans ajouter d’argent.
Il y a deux programmes pratiquement identiques qui servent à acquérir ou convertir des immeubles pour le logement. La mairesse prévoit y investir 213,1 M$ pendant son mandat, ou 578,7 M$ sur dix ans. Le hic c’est que l’administration précédente, dans le plan des immobilisations déposé l’an dernier, prévoyait déjà des sommes semblables.
Même que pour la période 2026–2029, Valérie Plante prévoyait investir davantage que Soraya Martinez Ferrada : 218,4 M$.
Je rappelle qu’on est dans une crise du logement, et surtout du logement abordable. Piger dans les sommes pour le logement social pour financer les refuges, c’est pas tout à fait déshabiller Paul pour habiller Pierre, mais… disons que Paul a donné sa dernière culotte de rechange pour éviter que Pierre ne soit tout nu.
Ceci étant dit, l’administration a promis des incitatifs fiscaux pour inciter le privé à prendre le relais. Quels seront ces incitatifs? Le budget ne nous donne pas vraiment d’indices. La responsable de l’habitation, Caroline Braun, affirme qu’ils ne sont pas encore tout à fait prêts à faire une annonce à ce sujet. Le vrai test du succès sera de voir si, au bout du fil, tout ça donne plus de logements sociaux ET plus de ressources en itinérance. Un ralentissement dans l’un ou l’autre sera une entorse aux promesses de l’administration.
Un frein aux pistes cyclables et à BIXI
On est aussi plusieurs à être restés stickés sur les pistes cyclables. Je le sais, c’est un peu gossant de tout le temps en entendre parler, mais l’administration souffle un peu le chaud et le froid là-dessus.
En partant, les montants pour l’ajout de pistes cyclables sont coupés de 25% pour les quatre années du mandat. Le développement de BIXI est aussi réduit de moitié.
Le budget ne mentionne plus l’ajout de voies cyclables sur Hochelaga, sur le futur boulevard urbain de l’autoroute Bonaventure et sur les rues menant aux futures stations du prolongement de la ligne bleue. J’ai demandé à la mairesse de préciser s’il y aurait ou non des voies cyclables. Elle s’est limitée à dire qu’elle va faire un audit des pistes cyclables.
Soyons clairs : on ne parle pas ici de retirer des pistes cyclables. Mais l’élan des 10 dernières années – ça a commencé avant Valérie Plante – mange un petit coup.
Mais parlant de l’audit, Alan DeSousa a jeté un peu de flou sur l’idée. Alors que la mairesse a clairement souligné lundi qu’elle compte le faire, en commission M. DeSousa a plutôt dit «un audit si nécessaire, mais pas nécessairement un audit».
De quessé?
Camillien-Houde réaménagée, mais les voitures circuleront
Ensemble Montréal voulait mettre un frein au projet de réaménagement de la voie Camillien-Houde et du chemin Remembrance. La mesure devait lui permettre d’économiser 75,6 M$ sur quatre ans.
Finalement, l’économie sera 61,5 M$ sur quatre ans et de seulement 30,8 M$ sur dix ans. C’est que la route doit quand même être réaménagée. La nouvelle administration va seulement reporter le projet de quelques années. Pis ils vont garder les autos.
La rue Notre-Dame et Pierrefonds-Ouest
Il y a une infinité de projets d’infrastructures majeurs sur lesquels j’aurais pu me pencher, mais j’ai choisi de me concentrer sur la relance du Bureau de la rue Notre-Dame et sur le boulevard urbain promis pour connecter Pierrefonds-Ouest au REM. Pourquoi? Parce que Notre-Dame est au point mort depuis quelques années et que Pierrefonds-Ouest, c’est un début d’entaille aux plans de Projet Montréal pour protéger l’ensemble de ce secteur-là.
Rappelez-vous que l’emprise qui sera utilisée fait partie du «Grand Parc de l’Ouest» imaginé par l’ancienne administration en 2019.
(Bon… ya aussi le fait que je dirige un média hyperlocal et que j’ai besoin de contenu dans des secteurs excentrés, mais chut, faut pas le dire trop fort.)
Le document du budget rappelle que la Ville souhaite créer le Bureau de l’Est et relancer le Bureau de la rue Notre-Dame. On ne trouve pas trop la trace de ces deux bureaux dans le budget, puisqu’il ne s’agit pas d’ajouter des ressources mais d’affecter des fonctionnaires à une nouvelle tâche. Également, le Bureau de la rue Notre-Dame dépend de la participation du gouvernement provincial.
Ceci étant dit, on note l’ajout de 25 M$ sur 10 ans dans un Fonds de revitalisation de l’Est. Ça servira à accélérer la décontamination des terrains et la conversion des espaces pour de nouvelles utilités. Également, la Ville injectera 72 M$ sur deux ans pour ladite décontamination.
Quant à Pierrefonds-Ouest, le projet change très peu par rapport aux plans de l’administration précédente… pour l’instant. Valérie Plante comptait aménager un lien pour les vélos et le transport collectif à cet endroit. Le budget 2026 reprend essentiellement les mêmes mots pour parler du projet. On y ajoute toutefois une mention importante: la Ville lancera des études pour analyser la possibilité d’y mettre un boulevard urbain.
Donc on insère, de façon un peu timide, la mention de la possibilité d’une infrastructure automobile. Les montants du projet demeurent essentiellement inchangés.
Autres informations notables
- La Ville a déjà commencé à utiliser l’IA pour améliorer l’efficience de ses services. Cool.
- Le REV sur Henri-Bourassa reste dans les cartons. Ya du monde dans Ahuntsic-Cartierville qui seront contents.
- La piétonnisation de Sainte-Catherine Ouest pourrait être revue. L’administration dit vouloir «écouter» davantage les riverains.
- Le montant alloués au Conseil des arts de Montréal augmente de 2,5 M$ pour atteindre 24,4 M$.
- Le soutien aux sociétés de développement commercial augmentera de 7,4 M$.