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03:30 23 juillet 2019

Oka: des citoyens appellent au calme après une semaine de tensions

Oka: des citoyens appellent au calme après une semaine de tensions
Photo: Josie Desmarais/MétroL'immeuble du Conseil Mohawk de Kanesatake, près d'Oka.

Après une longue semaine de tensions à Oka, marquée par une lutte politique entre le maire de la municipalité et le Grand Chef du conseil mohawk de Kanesatake, des citoyens des deux communautés appellent au calme. Ils craignent que les propos du maire Pascal Quevillon enveniment les relations entre voisins.

Lundi bien tranquille à Oka. Plusieurs commerces sont fermés en cette journée estivale. Presque rien ne pourrait laisser deviner que depuis la semaine dernière, de vives tensions soulèvent des relents des années 1990, lors de la crise d’Oka.

Au sommet de la côte qui sépare la petite ville de la réserve fédérale de Kanesatake flottent toujours des drapeaux mohawks et iroquois, mais on n’y trouve que deux ou trois personnes, qui protestent silencieusement.

En milieu de semaine dernière, le maire d’Oka, Pascal Quevillon, a confié vouloir s’entretenir avec le gouvernement fédéral sur le futur de la municipalité. Il craint entre autres que la vente d’une portion de la pinède d’Oka aux Mohawks mène à l’arrivée de cabanes à cannabis et de sites d’enfouissement illégaux aux limites de sa ville.

Des Okoises perplexes
Non loin du centre-ville, au comptoir de son entreprise locale, Nhôa’z Eden, Lucie Goyette s’indigne de la couverture des médias, qui ont, selon elle, exagéré l’ampleur de la situation.

«Les gens de la communauté autochtone, ils ne sont pas tous en train de vendre du pot», avance-t-elle, faisant référence aux cabanes illégales de vente de marijuana qu’on retrouve en bordure de la route dans la communauté mohawk.

«Généralement, ce sont des gens normaux, comme nous autres», enchaîne-t-elle.

Mélanie Provost, une citoyenne du coin depuis cinq ans, croit que le maire y est allé «fort». «Je pense qu’il n’a pas utilisé les bons mots. Il n’est pas ouvert d’esprit du tout, il n’a pas d’alliés et il ne sait pas comment faire pour éviter la crise», affirme la citoyenne de 36 ans.

«[La semaine dernière], une dame a demandé au maire quel était son plan d’action pour éviter une deuxième crise d’Oka, et il n’a pas répondu à la question», remarque Mélanie Provost.

Ce ne sont pas les Autochtones qui devraient se réconcilier avec nous. C’est nous, avec eux. – Une citoyenne okoise lors d’un débat citoyen à Oka, le 17 juillet

Pour Mme Goyette, qui tient un magasin de savons, une crèmerie, un salon de massage et un café dans sa petite maison jaune, rue Notre Dame, rien ne laisse présager une seconde crise d’Oka. Le seul danger, selon elle, vient de l’attention négative attirée sur la communauté, ce qui pourrait éloigner des clients potentiels.

«Le fait que la situation soit moussée et qu’on fasse croire qu’il y a une chicane épouvantable, ça n’aide pas les commerces ici. Les parcs sont moins fréquentés, les commerces aussi. Il y a moins de monde à Oka», lance-t-elle.

Lucie Goyette soutient qu’il faut «essayer de vivre en harmonie» à Oka et à Kanesatake.

S’il croit que certains membres de sa communauté veulent se «faire du capital politique» en faisant part de leur opposition à ses propos, le maire d’Oka, Pascal Quevillon, croit qu’il a le soutien de ses concitoyens.

«Le message qu’on lance, c’est qu’on veut juste être entendu par Ottawa. Je ne sais pas pourquoi certaines personnes – et c’est vraiment une minorité – pensent que ça ne serait pas à notre avantage», avance-t-il.

Kanesatake sur ses gardes
De l’autre côté de la «frontière» entre les deux communautés, le sentiment est que les propos comme ceux du maire d’Oka peuvent faire éclore la division dans la région des Basses-Laurentides.

«Quand il y a des remarques comme celles du maire, ça révèle le racisme qu’il y a sous la surface», avance Sylvain Gaspé, qui a habité à Kanesatake tout comme à Oka.

Dakota Simon, qui est né dans la communauté mohawk, rappelle les liens entre les membres des deux secteurs.

«Nous avons plusieurs membres de la communauté qui vivent dans le village d’Oka. Nous ne sommes pas exclusivement basés à Kanesatake», fait-t-il remarquer.

«La relation entre Oka et Kanesatake, en grosse majorité, ça va très bien. J’ai des cousins qui sont mariés avec des Guidon, des Faubert, ainsi de suite. On est unis avec eux, par le sang» – Le grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, Serge «Otsi» Simon

«Ça va très bien, maintient le maire Quevillon lorsque interrogé sur les relations entre les citoyens. On partage les mêmes commerces, la même pharmacie, la même épicerie. Les cousins de mon père sont mohawks.»

«C’est juste la maudite politique qui vient semer la division là-dedans», lance le grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, Serge «Otsi» Simon.

Le grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, Serge Simon

Les fantômes de la crise
M. Simon, craint que les événements des derniers jours mènent à une diabolisation des membres de sa communauté.

«Le peuple, ici, est un peuple qui aime avoir la paix. Il aime vivre sa vie, comme tout le monde, et, une fois de temps en temps, avoir des parties de hockey, de crosse», soutient-il.

Sylvain Gaspé et Dakota Simon, eux, ne s’attendent pas une crise d’Oka 2.0, mais invitent les habitants des deux secteurs à apprendre l’histoire de la région. «Les gens n’ont pas appris leur histoire, rien n’a été réglé», remarque M. Gaspé, 55 ans.

Sylvain Gaspé (à gauche, derrière) et Dakota Simon (à droite)

«Nous aussi, on est là depuis 300 ans, et vous venez dire qu’on n’aurait pas dû s’installer ici. Peut-on être entendus et écoutés?» – Le maire d’Oka, Pascal Quevillon

Une rencontre?
Interrogés sur la question, autant le maire d’Oka que le grand chef de Kanesatake ont soutenu avoir été contactés par les gouvernements fédéral et provincial pour tenir une rencontre vers la fin de la semaine.

Le grand chef Simon garde la ligne dure: il ne participera à aucune rencontre tant que M. Quevillon ne se sera pas excusé pour ses propos «racistes».

«Je ne suis aucunement raciste. J’ai juste dit des faits tout haut», réplique le maire.