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Itinérance: vers un manque de financement pour les organismes?

Plusieurs organismes dans le milieu de l’itinérance à Montréal devront se contenter des niveaux historiques de financement, malgré l’augmentation importante des besoins en raison de la pandémie. Une situation décriée par plusieurs.

Mercredi, le comité exécutif de la Ville a renouvelé le financement de nombreux organismes communautaires en itinérance en octroyant un total de plus de 2,4 M$ pour financer 49 projets en 2021. La plupart de ces groupes communautaires recevront sensiblement la même somme qu’au cours des trois dernières années, a constaté Métro.

«Ça ne reflète plus les besoins, qui ont évolué en raison de la COVID-19», déplore la directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Annie Savage. Dans ce contexte, des organismes «s’endettent» pour réaliser certains projets, déplore-t-elle.

Mme Savage aurait donc souhaité «un rehaussement significatif» du financement des groupes communautaires en itinérance cette année, dans le contexte de la pandémie.

«J’ai l’impression qu’il y a une dé-responsabilisation à un point effarant, où Montréal ne sent pas le besoin de revoir le financement de ses organismes», lance à Métro le porte-parole en matière d’itinérance au parti Ensemble Montréal, Benoit Langevin.

«Les groupes prennent l’argent, doivent faire le même projet [que l’année précédente], mais en fait s’endettent pour le faire.» -Annie Savage, directrice du RAPSIM

Des données périmées

Le dernier dénombrement, en 2018, avait fait état de 3149 itinérants dans la métropole, en hausse par rapport à l’exercice précédent, trois ans plus tôt. La tenue d’un nouveau dénombrement cette année devait permettre de confirmer la hausse du nombre de sans abri dans la métropole, et donc des besoins à combler. Or, la Ville a décidé de reporter cet exercice, jugeant trop «complexe» de tenir celui-ci en temps de pandémie.

«Si Montréal n’exprime pas ses besoins de façon sérieuse, on n’aura pas de réponse sérieuse de la part des paliers supérieurs», réplique Benoit Langevin. Selon lui, un décompte des itinérants dans la métropole cette année aurait justement permis à la Ville d’avoir des «données probantes» à présenter à Québec et à Ottawa.

«Elle se retrouve à faire des demandes [de financement] sans avoir un portrait réel de la situation», renchérit l’élu d’opposition.

Les investissements en lutte à l’itinérance font d’ailleurs partie des demandes de l’administration Plante en amont du budget provincial.

La Ville a par ailleurs retardé de six mois la tenue du bilan de son Plan d’action montréalais en itinérance 2018-2020, qui aura finalement lieu en juin.

La Ville défend ses actions en itinérance

Dans un courriel à Métro, la Ville précise qu’elle se base actuellement sur «les observations sur le terrain et les taux d’occupation des refuges pour évaluer les besoins et le nombre de gens en situation d’itinérance».

Elle rappelle d’ailleurs avoir mis en place un nombre record de lits d’urgence pour les personnes en situation d’itinérance depuis le début de la pandémie afin de combler la hausse des besoins et la capacité réduite des refuges traditionnels. On en compte plus de 1700 actuellement.

«Dans le contexte de la crise sanitaire que nous connaissons, Montréal a fait preuve d’agilité en déployant dès le début diverses mesures pour soutenir l’ensemble de la population et ne laisser personne derrière. La pandémie ayant accentué les inégalités sociales, la Ville continue sur sa lancée pour aider les personnes les plus vulnérables», ajoute la relationniste Gabrielle Fontaine-Giroux.

En 2021, la Ville a prévu investir 3 M$ dans la lutte contre l’itinérance, à même son budget.

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Itinérance: le refuge du square Cabot ouvrira mardi soir

La tente chauffée qui doit servir de refuge temporaire au square Cabot, un projet attendu de pied ferme dans le milieu de l’itinérance, n’est toujours pas installée, plus d’une semaine après la date prévue de son ouverture. La Ville de Montréal a toutefois entamé son aménagement lundi, en vue d’une ouverture mardi soir.

Le 21 janvier, le ministre québécois des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a fait part de son intention d’installer dès le lendemain un refuge temporaire au square Cabot, un parc du centre-ville fréquenté notamment par plusieurs Autochtones en situation d’itinérance. Il avait alors indiqué vouloir discuter avec la Ville de l’aménagement de cette installation temporaire, vouée à être en opération pendant au moins quelques semaines.

Des enjeux de planification et de main-d’oeuvre auraient toutefois retardé la concrétisation de ce projet. Dans les derniers jours, l’organisme Résilience Montréal a multiplié les efforts pour tenter de permettre la mise en place d’une tente chauffée sur le site afin d’offrir un endroit où se réfugier la nuit aux sans-abri du secteur.

Une collecte de fonds a notamment permis d’amasser des dizaines de milliers de dollars, tandis que diverses communautés autochtones, dont celle de Kahnawake, ont proposé des ressources matérielles et financières pour aider ce projet à prendre forme.

La Ville approuve le projet

Finalement, vendredi dernier, la Ville a approuvé ce projet. Elle a aussi offert de financer la mise en place de cette tente chauffée pendant deux semaines, a appris Métro. L’installation de celle-ci a commencé lundi matin. 

Cette tente chauffée permettra de rendre hommage à Raphaël André, un Innu de 51 ans retrouvé sans vie dans une toilette chimique du centre-ville, le matin du 17 janvier. Celle-ci pourra accueillir un peu moins d’une vingtaine de personnes dans le besoin, qui auront accès à du café et à de la nourriture sur place.

«La communauté autochtone s’est vraiment unie [derrière ce projet]», se réjouit la cofondatrice de Résilience Montréal, Nakuset, en entrevue à Métro lundi.

Des gardiens de sécurité autochtones surveilleront les lieux, tandis que des intervenants issus de communautés innues offriront du soutien aux personnes dans le besoin.

Le temps presse

Lors du passage de Métro au square Cabot, lundi en début d’après-midi, des travailleurs d’une entreprise privée spécialisée dans les chapiteaux étaient à l’oeuvre afin d’aménager cette tente.

En milieu d’après-midi, la Ville a confirmé, par voie de communiqué, que cette halte-chaleur extérieure sera en opération de 20h à 5h «dès mardi soir».

«Montréal est toujours en action pour soutenir les plus vulnérables et nous demeurons fermement déterminés à agir pour ne laisser personne derrière», fait valoir la mairesse de Montréal, Valérie Plante, dans ce communiqué.

Bien qu’elle salue l’appui de la Ville à ce projet, Nakuset peine à comprendre que celle-ci ait pris plusieurs jours avant de passer à l’action.

«On voulait que ça soit en place vendredi [dernier]. Maintenant, une tempête de neige approche. On a peur que la Ville retarde le projet à cause de la tempête», a-t-elle souligné en référence aux précipitations de neige attendues mardi sur le sud et le centre du Québec.

L’opposition officielle juge quant à elle inacceptable que la Ville ait pris plusieurs jours avant d’approuver ce projet.

«Comment ça se peut que le gouvernement provincial fasse une annonce et que ça prenne dix jours avant d’approuver la mise en place d’une tente?», questionne le porte-parole en matière d’itinérance à Ensemble Montréal, Benoit Langevin.

Au moment d’écrire ces lignes, la Ville n’avait pas répondu aux questions de Métro. Par écrit, le cabinet du ministre Ian Lafrenière a justifié le délai dans la concrétisation de ce projet en mentionnant à Métro qu’il y avait «beaucoup d’autorisations à demander pour une installation comme celle-ci et beaucoup de vérifications à faire, tant au niveau sécuritaire [qu’au niveau] de la santé publique».

«Il a fait très froid cette fin de semaine et il fait encore froid maintenant. Une tempête de neige arrive, donc il faut que cette tente soit mise en place rapidement.» -Nakuset, cofondatrice de Résilience Montréal

Des besoins importants

La semaine dernière, le gouvernement Legault a appliqué une exemption aux itinérants dans l’application du couvre-feu, appliqué de 20h à 5h, à la suite d’une décision de la Cour supérieure.

Malgré ce revirement de situation, la mise en place de cette ressource temporaire demeure nécessaire, estime Nakuset. Actuellement, plusieurs refuges de la métropole sont à pleine capacité. Le temps glacial des derniers jours vient aussi exacerber la demande pour une tente chauffée au square Cabot, souligne-t-elle.

Nakuset espère d’ailleurs que cette tente sera en place pendant plus que deux semaines, comme le prévoit la Ville. Pour les refuges temporaires, la date butoir est généralement le 31 mars.

«Ça ne se peut pas [que la Ville] finance une ressource pour deux semaines alors que ça a pris deux semaines la mettre en place», illustre M. Langevin. Selon l’élu, cette tente devrait demeurer accessible pour une «durée indéterminée».

«Il n’y a aucune ressource qui devrait être retirée quand les besoins sont toujours là», conclut le conseiller municipal.

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Itinérance: La Porte ouverte rouvre ses portes la nuit

Une semaine après le décès de l’itinérant Raphael André, le refuge La Porte ouverte a de nouveau commencé à opérer jour et nuit, après avoir dû limiter ses heures d’ouverture pendant plusieurs semaines en raison de la pandémie.

M. André a été retrouvé sans vie le matin du 17 janvier dans une toilette chimique située à l’angle de la rue Milton et de l’avenue du Parc, à quelques pas du refuge La Porte ouverte, que l’Innu de 51 ans avait l’habitude de fréquenter. L’organisme, qui opère au centre-ville, avait l’habitude d’ouvrir ses portes en tout temps. À la suite d’une éclosion de COVID-19 survenue pendant le temps des Fêtes, l’organisme a toutefois dû fermer ses portes à 21h30 chaque soir afin de se conformer à une directive de la Santé publique de Montréal.

Le refuge a toutefois recommencé à ouvrir ses portes 24 heures sur 24, dimanche, a confirmé lundi après-midi la responsable de l’itinérance au comité exécutif, Nathalie Goulet, en séance du conseil municipal. L’organisme en avait d’ailleurs fait l’annonce cette fin de semaine sur les réseaux sociaux.

«La halte-chaleur du refuge [La Porte ouverte] a finalement été rouverte hier. Et l’équipe était extrêmement satisfaite de la collaboration que la Ville a pu donner pour arriver à des résultats aussi rapidement. On en est très fiers», a déclaré Mme Goulet.

La nuit dernière, le refuge a d’ailleurs fait face à une forte demande.

«On était pleins […] Il y a encore besoin d’avoir plus de places ouvertes dans la métropole», constate le coordonateur du centre La Porte ouverte, John Tessier.

L’opposition réclame plus de «tolérance» des policiers

La séance du conseil municipal s’est d’ailleurs ouverte lundi, à 13h, avec une minute de silence en hommage à M. André et à ses proches endeuillés.

«Donc, nous offrons nos condoléances à ses proches et aux équipes dévouées sur le terrain qui offrent des services aux personnes en situation d’itinérance. J’en profite aussi pour saluer le travail des intervenants et intervenantes sociaux, qui travaillent fort depuis le début de la pandémie», a déclaré la présidente du conseil municipal, Suzie Miron.

L’opposition officielle a toutefois lancé une flèche à l’administration de Valérie Plante sur sa gestion de l’itinérance dans la métropole.

«Il a fallu malheureusement une tragédie pour que l’administration demande une exemption du couvre-feu pour les personnes en situation d’itinérance», a déploré le conseiller d’Ensemble Montréal dans Montréal-Nord, Abdelhaq Sari.

La semaine dernière, quelques jours après la mort de M. André, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a emboité le pas aux partis d’opposition à l’Assemblée nationale et à divers organismes qui avaient réclamé précédemment une telle exemption pour les sans-abri. Le gouvernement Legault écarte toutefois cette possibilité pour l’instant.

Dans ce contexte, M. Sari, qui est également vice-président de la Commission de la sécurité publique de la Ville, estime que l’administration municipale doit réclamer une «tolérance réelle et absolue» des policiers montréalais à l’égard des sans-abri. Certains d’entre eux ont reçu des contraventions au cours des deux dernières semaines pour avoir contrevenu au couvre-feu, qui s’applique de 20h à 5h.

«La mairesse aura beau dire que l’itinérance est une responsabilité de Québec, elle est garante de la sécurité des Montréalais et Montréalaises qui vivent sur son territoire.» -Abdelhaq Sari, conseiller d’Ensemble Montréal

S’attaquer au profilage social

L’administration au pouvoir réplique toutefois que le Service de police de la Ville de Montréal fait déjà preuve de tolérance à l’égard des personnes en situation d’itinérance. Mme Goulet a notamment rappelé que les policiers ont effectué plus de 400 interventions auprès d’itinérants depuis le début du couvre-feu, surtout afin d’accompagner ceux-ci vers des refuges de la métropole, tandis que «peu de contraventions» ont été émises.

«Le travail que fait le SPVM sur le terrain est un bon travail, mais nous savons qu’il y a ce problème d’interventions abusives. Nous allons y travailler», a toutefois ajouté Mme Goulet.

L’élue de Projet Montréal s’est d’ailleurs dite «extrêmement préoccupée» par un rapport, publié la semaine dernière, qui fait état d’une hausse importante du nombre de constats d’infraction remis à des sans-abri à Montréal au cours des dernières années. Les cinq expertes universitaires à l’origine de ce document font ainsi état d’un enjeu de profilage social de la part du SPVM.

«Je le dis clairement: le profilage racial et le profilage social sont inacceptables dans notre société», a tranché Mme Goulet.

Depuis deux ans, un processus est en cours à la Ville dans le but de réviser plusieurs règlements municipaux qui pourraient contribuer au profilage, a indiqué la conseillère.

«On le sait, il faut changer l’approche des policiers envers des itinérants au Québec. On ne gagne rien à judiciariser ces personnes-là. C’est pour ça qu’on est en train de réviser les règlements municipaux, mais également de travailler à un nouveau modèle d’équipe municipale et policière [pour intervenir] envers les personnes e situation d’itinérance», a ajouté Mme Goulet.

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Couvre-feu: Valérie Plante demande une exemption pour les itinérants, Québec dit non

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a joint sa voix aux partis d’opposition à l’Assemblée nationale, mardi, en demandant une exemption aux itinérants dans l’application du couvre-feu. Elle a toutefois reçu une fin de non-recevoir de Québec.

«Comme l’ensemble des Montréalais et Montréalaises, j’ai été profondément choquée d’apprendre la mort de M. André», a déclaré d’emblée la mairesse de Montréal, Valérie Plante, lors d’un point de presse tenu vers 11h30 devant l’hôtel de ville.

Elle faisait ainsi référence à Raphaël André. L’homme Innu en situation d’itinérance a été retrouvé sans vie dimanche matin par des agents du Service de police de la Ville de Montréal dans une toilette chimique située à l’angle de la rue Milton et de l’avenue du Parc. Il avait 51 ans.

«J’ai une pensée très spéciale aujourd’hui pour la famille de Raphaël André et je suis très déçue et désolée de cet incident tragique», a ajouté Mme Plante.

Le décès de M. André a amené une multiplication des appels en faveur d’une exemption pour les itinérants quant à l’application du couvre-feu, qui s’applique de 20h à 5h. Des élus des trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont notamment pressé Québec d’agir en ce sens, tandis qu’une pétition réclamant une telle exemption a déjà obtenu plus de 11 000 appuis jusqu’à maintenant.

Mme Plante a donc ajouté sa voix à plusieurs autres, mardi, en demandant elle aussi aux itinérants de pouvoir circuler sans crainte la nuit dans les rues de la métropole.

«Ce que je demande au gouvernement du Québec, c’est de donner une exemption aux personnes en situation d’itinérance, concernant le couvre-feu. Ce que je veux, c’est que les gens se sentent en sécurité à Montréal. Je ne veux pas exacerber cette vulnérabilité qui est déjà présente.» -Valérie Plante

Des refuges à pleine capacité

Valérie Plante précise toutefois qu’elle «n’encourage pas les gens à dormir dans la rue» en plein hiver, bien au contraire.

«Mon message, c’est d’aller dans les ressources. C’est pour ça qu’on crée toujours plus de lits, des haltes-chaleur et des ressources. Parce que les gens ont froid et ils ont le droit d’avoir accès à un lit et à un toit», a-t-elle dit.

Or, le taux d’occupation des refuges d’urgence de la métropole atteint 95% en moyenne, a indiqué Mme Plante. Raphaël André a d’ailleurs perdu la vie à quelques pas du refuge La Porte ouverte, qui a dû cesser d’opérer la nuit peu de temps avant Noël en raison d’une éclosion de COVID-19 entre ses murs.

Dans un tel contexte, la mort de l’homme était «prévisible», a affirmé mardi la présidente de la Table des organismes communautaires montréalais de lutte contre le sida, Sandra Wesley.

«La mairesse de Montréal et les autres personnes [dans le milieu politique] sont responsables de ce décès-là. Et j’espère qu’ils prendront leur responsabilité et feront des changements immédiats et drastiques dans la façon dont on traite les personnes en situation d’itinérance, en particulier en contexte de couvre-feu», a-t-elle laissé tomber en marge d’une conférence de presse virtuelle, en matinée.

Mme Plante estime toutefois qu’il serait «injuste» de blâmer la Ville pour cette situation, rappelant au passage que l’itinérance est «avant tout une responsabilité provinciale».

Elle a par ailleurs assuré qu’une nouvelle ressource verra le jour prochainement pour débloquer «plus de 100 lits» additionnels pour les sans-abri. Elle affirme aussi que la Ville travaille avec La Porte ouverte afin de permettre la réouverture de sa halte-chaleur la nuit «le plus vite possible».

La mairesse a d’autre part confirmé que des sans-abri ont commencé à recevoir un vaccin contre la COVID-19 mardi matin, au Grand Quai du Vieux-Port de Montréal.

«Malgré un nombre record de lits, ce qu’on se rend bien compte, c’est qu’il y a des [refuges] qui débordent.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

Québec dit non à une exemption

Actuellement, la police privilégie l’accompagnement des sans-abri vers des refuges lorsque ceux-ci circulent à l’extérieur après 20h. La mairesse Valérie Plante a d’ailleurs fait état d’environ 400 interventions en ce sens de la part du SPVM, depuis le début de la pandémie.

Quelques itinérants ont tout de même reçu une amende de 1550$ pour non-respect du couvre-feu, dans les derniers jours.

Questionné au sujet de cette demande d’exemption au couvre-feu pour les itinérants, François Legault s’est montré froid à l’idée.

«J’ai très confiance aux policiers. Ils ne font pas exprès pour donner une contravention aux itinérants. Si on mettait dans le règlement qu’on ne peut pas donner une contravention aux itinérants, n’importe qui dirait qu’il est un itinérant pour ne pas recevoir une contravention», a-t-il réagi en conférence de presse, à 13h.

Il faudra donc voir quelles mesures entend prendre la Ville, face à ce refus de Québec. «J’espère que je n’aurai pas à aller contre le décret», a d’ailleurs glissé mardi Mme Plante lors de son point de presse, un peu plus tôt.

«Il faut demander au SPVM de ne pas donner de contraventions aux itinérants», martèle pour sa part le responsable des dossiers en matière d’itinérance à Ensemble Montréal,  Benoit Langevin. Ce dernier réclame aussi que la Ville bonifie l’Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (ÉMRII) et d’autres ressources spécialisées au SPVM, dans le cadre de l’application du couvre-feu.

«On n’a pas une carte d’identité qui dit qu’on est itinérant de profession. Donc, c’est très compliqué pour les policiers», évoque l’élu d’opposition.

«Je fais confiance aux policiers. Ils ne sont pas là pour donner des amendes aux itinérants. Ils sont là pour les rediriger vers des refuges», martèle pour sa part M. Legault.

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Couvre-feu: une personne «à un doigt de la rue» reçoit une amende salée

Une personne «à un doigt de la rue» a reçu une amende salée la nuit dernière à Montréal pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. Une situation que dénoncent des organismes qui interviennent auprès des personnes en situation d’itinérance.

Un homme qui bénéficierait d’une ressource en santé mentale a reçu un constat d’infraction de 1550$ de la part d’agents de la paix, dans la nuit de mardi à mercredi, à l’intersection de la rue Notre-Dame et de l’avenue Atwater, près du marché Atwater. Selon nos informations, l’individu se dirigeait alors vers la halte-chaleur de La Maison Benoît Labre, un organisme du quartier Saint-Henri qui offre notamment de l’aide alimentaire aux sans-abri. Il était près d’une heure du matin au moment de la remise de l’amende.

Le constat d’infraction, que Métro a pu consulter, précise que l’individu en question a reçu celui-ci pour avoir enfreint le couvre-feu. Cette mesure sanitaire interdit de circuler à l’extérieur de sa résidence ou de son terrain privé entre 20h et 5h, sauf exception.

«À un doigt de la rue»

L’homme en question est d’ailleurs connu de l’organisme, alors qu’il se rend régulièrement à sa halte-chaleur pour se reposer et manger un morceau. Lorsqu’interpellé par les policiers, il a donné comme adresse de résidence la ressource en santé mentale où il demeure de façon temporaire, selon nos informations.

«C’est une personne dans une situation de grande vulnérabilité. Et qu’elle soit dans un hébergement temporaire pour un suivi psychosocial ou pas, ça reste une personne qui est dans une situation très précaire. C’est une personne à un doigt de la rue», explique à Métro la directrice générale de la Maison Benoît Labre, Andréane Desilets. Elle déplore donc la remise d’un constat d’infraction à cette personne.

«Ce qui m’inquiète, c’est que les balises ne sont pas claires. On se base sur le bon jugement du policier et généralement, ça se passe bien. Mais là, visiblement, il y a eu un accroc», ajoute Mme Desilets, qui déplore «un manque de jugement flagrant de la part des policiers».

«On ne devrait pas donner un ticket à une personne qui se dirige vers une halte-chaleur et qui fréquente une ressource en santé mentale», tranche également l’organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Laury Bacro.

Un individu «proche de l’itinérance»

Au Service de police de la Ville de Montréal, on indique à Métro qu’on ne commente pas «les cas particuliers ayant mené à l’émission d’un constat». Toutefois, «on réitère que chaque situation est évaluée au cas par cas et qu’avant d’imposer une sanction à un contrevenant, les policiers font les recherches nécessaires et évaluent chaque situation en raison de son contexte», indique à Métro un porte-parole du corps de police, Manuel Couture.

«Les personnes ne fréquentent pas les haltes-chaleur par le plaisir. On peut donc penser que [l’individu qui a reçu une amende] est proche de l’itinérance.» -Laury Bacro, organisatrice communautaire au RAPSIM

Faire respecter la loi pendant le couvre-feu

Dans la nuit de dimanche à lundi, des agents du SPVM ont remis une amende 1550$ à un itinérant qui circulait au centre-ville après 20h, défiant ainsi le couvre-feu en vigueur. Le corps de police a toutefois remis cette amende dans le cadre d’une intervention criminelle en matière de stupéfiants, ont précisé la Ville et le SPVM, lundi.

«Bien qu’on veuille protéger [les sans-abri] et faire preuve de beaucoup d’empathie, on s’attend aussi à ce que la lutte contre la vente de drogues continue», a laissé tomber mercredi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en séance du comité exécutif.

Le SPVM a d’ailleurs réalisé 122 interventions le weekend dernier auprès de personnes en situation d’itinérance et a dirigé 59 personnes vers des refuges. Une seule amende a été émise à un sans-abri pendant cette période.

«Le SPVM fait preuve d’une grande tolérance. Mais il arrivera toujours des situations où des personnes en situation d’itinérance ou marginales recevront des contraventions si elles vont à l’encontre de la loi, et je ne parle pas ici du couvre-feu», a ajouté Mme Plante.

«Il ne faudrait pas que l’administration ou le SPVM utilisent le couvre-feu comme prétexte pour donner des contraventions pour d’autres motifs qui n’ont rien à voir avec le couvre-feu. Je pense que le SPVM devrait faire preuve d’encore plus de compréhension», réplique toutefois le chef intérimaire d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, en entrevue à Métro.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Legault refuse d’inscrire les itinérants sur la liste des exemptions à l’application du couvre-feu, comme l’ont réclamé dans les derniers jours plusieurs avocats, juristes et groupes communautaires.

Les refuges atteignent le point de saturation

Valérie Plante a par ailleurs confirmé mercredi matin que les refuges, les haltes-chaleur et les hôtels réquisitionnés pour desservir les itinérants de la métropole ont atteint «100%» de leur capacité. Pour faire face à cette situation, 150 lits s’ajouteront prochainement aux 1366 places d’hébergement d’urgence actuellement en place, a-t-elle dit.

Alors que le nombre de cas positifs à la COVID-19 est en forte hausse depuis le début du moins de décembre parmi les itinérants, la Santé publique de Montréal a annoncé mercredi qu’elle entamera progressivement la vaccination des sans-abri, et ce, dès cette semaine.

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Itinérance: le couvre-feu sème l’inquiétude dans Hochelaga

L’imposition d’un couvre-feu sème l’inquiétude chez CAP St-Barnabé et CARE Montréal, les deux principaux organismes gérant des refuges dans Hochelaga-Maisonneuve.

«Un couvre-feu, comment on applique ça avec des gens qui vivent dehors?», demande le directeur de CARE, Michel Monette.

Même son de cloche de la part de la directrice des services cliniques et opérations de CAP St-Barnabé, Michelle Patenaude :

«J’ai souvent des usagers qui vont sortir dehors et qui vont rentrer à l’intérieur, parce qu’ils vont consommer de l’alcool et tout. Nous, c’est un stress de plus.»

Elle craint que certaines personnes préfèrent dormir dehors.

M. Monette et Mme Patenaude soulignent en revanche le travail des policiers du secteur, plutôt compréhensifs concernant la réalité de l’itinérance.

«Dans Hochelaga-Maisonneuve, de façon générale, les policiers sont cool et comprennent la situation, affirme M. Monette. Ailleurs à Montréal, je n’en ai aucune idée.»

Si le premier ministre François Legault a affirmé mercredi qu’il y a assez de places d’hébergement, les deux directeurs sont loin de partager cet avis. Pour les trois refuges du secteur, une moyenne d’une trentaine de personnes est refusée chaque soir.

«Quand on a écouté ça, tout le monde a réagi en disant « il se fout de notre gueule », raconte M. Monette en rigolant. Bien voyons donc, il n’a jamais été dans les refuges?!»

Les refuges sont pleins partout, selon lui.

«Dans l’est de Montréal, on est complet rapidement», ajoute Mme Patenaude.

Les fermetures de certains refuges à Montréal à la suite d’éclosions n’aident en rien la situation et augmentent le nombre d’itinérants se retrouvant sans lieu d’hébergement.

«Ces personnes-là, elles vont où?», demande Michelle Patenaude.

Le refuge de CARE Montréal a dû d’ailleurs revoir sa capacité à la baisse afin de respecter les règles sanitaires, passant de 60 à 30 lits.

«La majorité des organismes ont dû réduire leur capacité de 50 %», rappelle Mme Patenaude.

Du côté du refuge CAP St-Barnabé sur l’avenue Bennett, une aile a été ajoutée cette année afin d’accueillir un total de 45 personnes.

Pour ce qui est du refuge CAP-CARE situé à l’ancien YMCA d’Hochelaga, une centaine de lits sont disponibles.

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Le premier «wet shelter» de Montréal reporté en raison de la pandémie

La mise sur pied du premier «wet shelter» de Montréal est reportée à une date ultérieure alors que la hausse de la pandémie frappe durement les itinérants de Montréal.

Le milieu communautaire et la Santé publique comptaient lancer le 1er janvier 2021 un nouveau programme de gestion de la consommation d’alcool pour les personnes en situation d’itinérance, communément appelé «wet shelter». Annoncé en novembre, celui-ci devait pouvoir desservir en tout temps 13 personnes en leur offrant chacune une chambre individuelle dans une aile du pavillon Ross de l’ancien hôpital Royal Victoria.

Le programme permettra aux itinérants qui y prennent part de recevoir des doses contrôlées d’alcool, qui diminuent progressivement, en plus de bénéficier de soutien psychosocial de la part d’intervenants communautaires. Ce programme s’adressera à des sans-abri «en zone verte», donc qui n’ont pas de symptômes de la COVID-19.

Nombreuses éclosions

Or, dans les dernières semaines, le nombre de cas positifs au coronavirus a grimpé de façon importante dans la communauté itinérante. En fait, depuis le début du mois de décembre, la Santé publique a recensé 150 cas positifs dans les différents centres de jour et refuges qui desservent la communauté itinérante de Montréal. Le tiers sont des employés de ces organismes.

«Cette transmission s’est faite de façon rapide et inquiétante», confie à Métro la Dre Carole Morissette, qui est chef médicale à la Direction régionale de santé publique de Montréal. Cette situation contraste avec la première vague, pendant laquelle «très peu de cas» de contamination avaient été rapportés parmi les itinérants de Montréal.

La Santé publique a ainsi décidé de convertir une bonne partie des étages de l’ancien hôpital en une «zone rouge», dédiée aux sans-abri qui doivent s’isoler parce qu’ils ont contracté la COVID-19 ou parce qu’ils attendent le résultat de leur test de dépistage. Ce sont ainsi 50 chambres individuelles qui sont maintenant réservées uniquement aux personnes ayant contracté la COVID-19. Un nombre qui pourrait augmenter, selon les besoins.

«Nous nous attendons de devoir utiliser l’ensemble de l’établissement pour la clientèle d’ici une semaine, plus ou moins», indique à Métro le président de la Mission Old Brewery, James Hughes.

Cette situation a ainsi forcé le report de la mise en place du «wet shelter». La Santé publique n’a pas encore déterminé une date à cet égard.

«On reporte de quelques mois la mise en place d’un wet shelter», confirme à Métro le directeur des programmes en santé mentale et en dépendance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal, Jason Champagne.

Consommation d’alcool

Or, de nombreuses personnes en situation d’itinérance souffrent de problèmes chroniques de consommation d’alcool. La Mission Old Brewery a donc annoncé jeudi que des personnes qui ont des problèmes de dépendance pourront obtenir des doses contrôlées d’alcool pendant la durée de leur isolement.

«Pour ce faire, différents services cliniques seront offerts aux personnes, selon leurs besoins. Certaines d’entre elles pourraient bénéficier d’une modalité de consommation d’alcool supervisée pendant leur séjour», explique à Métro la Mission Old Brewery, dans un courriel envoyé en soirée, jeudi.

La période d’isolement des personnes atteintes de la COVID-19 à l’hôpital Royal Victoria est d’environ 10 jours.

«On s’assure d’avoir un milieu accueillant, chaleureux, pour que les personnes qui veulent consommer de l’alcool puissent le faire pendant leur isolement.» -Jason Champagne, directeur des programmes en santé mentale et en dépendance au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal

Le couvre-feu inquiète

Dans les dernières semaines, plusieurs haltes-chaleur ont fermé leurs portes à la suite d’éclosions de coronavirus entre leurs murs, ont confirmé à Métro divers organismes.

Pour compenser cette situation, l’Hôtel Universel, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, a récemment ouvert ses portes aux itinérants de Montréal qui ne sont pas atteints de la COVID-19, en complément au refuge temporaire déjà en place dans l’Hôtel Place Dupuis, au centre-ville.

Plusieurs organismes redoutent toutefois  le couvre-feu à venir. À partir de samedi, les Québécois ne pourront plus circuler dans la rue entre 20h et 5h, sauf exceptions.

«Ce qui m’inquiète avec le couvre-feu, c’est que dans la communauté autochtone, il y a une certaine partie de la population qui ne vient pas dans les refuges. Ils dorment dans des tentes, chez des amis ou un peu partout. Mais maintenant, je ne sais pas si avec le couvre-feu, on va voir une augmentation dans la demande des lits pour les personnes autochtones la nuit […] On est déjà presque à pleine capacité la nuit», s’inquiète la directrice générale de Projets Autochtones du Québec (PAQ), Heather Johnston, qui demande à la Ville d’ouvrir d’autres refuges temporaires pour les sans-abri.

Contacté par Métro, le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a assuré que que la Ville déploiera «tous les moyens nécessaires» afin de s’assurer que tous les itinérants «puissent dormir au chaud et en sécurité». Il rappelle que des centaines de places supplémentaires ont été débloquées en vue de l’hiver.

Amendes salées

James Hughes s’inquiète pour sa part de la possibilité que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) remette des amendes de 1000 à 6000$ à des itinérants si ceux-ci ne respectent pas le couvre-feu.

«C’est certain que ce n’est pas quelque chose qui va être aidant si le SPVM décide de donner des amendes à des personnes qui n’ont pas de logement», laisse tomber M. Watts.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a toutefois assuré jeudi que les policiers ne donneront pas d’amendes aux itinérants. Ils les dirigeront plutôt vers des refuges.

Au moment d’écrire ces lignes, le SPVM n’avait pas commenté.

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Note: une version précédente de cet article indiquait que le «wet shelter» ouvrirait vendredi. Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal nous a plutôt confirmé en soirée que son ouverture aura lieu à une date ultérieure, la situation évoluant rapidement en raison de la pandémie. 

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Campements: organismes et itinérants appréhendent d’autres démantèlements

Des organismes et des personnes en situation d’itinérance appréhendent d’autres démantèlements de campements de fortune à Montréal dans les prochains jours, a constaté Métro.

Le démantèlement du campement de la rue Notre-Dame Est a semé l’inquiétude, tant auprès des organismes communautaires que des sans-abris qui continuent actuellement de vivre dans des tentes dans différents secteurs de la métropole, notamment dans Hochelaga et au centre-ville.

Lundi, plusieurs policiers, dont certains du Groupe tactique d’intervention, ont pris part à l’opération de démantèlement du campement de la rue Notre-Dame Est. Ceux-ci auraient bloqué l’accès à de nombreux intervenants communautaires qui souhaitaient apporter leur support aux campeurs.

Des organismes craignent maintenant que l’histoire se répète ailleurs dans la métropole.

«Les petits campements se font déranger constamment», constate le directeur général de Cactus Montréal, Jean-François Mary. «Je dirais que c’est du harcèlement, carrément», lâche-t-il en entrevue à Métro.

Un campement à l’Îlot Voyageur

M. Mary appréhende notamment le démantèlement «imminent» d’un campement de fortune qui a pris forme dans les derniers mois sur le site abandonné de l’Îlot Voyageur, qui appartient à la Ville depuis 2018. Cet ancien terminus de bus du centre-ville accueille toujours actuellement un peu moins d’une dizaine de tentes et abris de fortune, a constaté Métro vendredi en parcourant les lieux avec Jason Dominique. Ce dernier possède la plus grande tente de l’endroit, où il demeure depuis juillet en compagnie de son colocataire, Denis Beaumont.

«On va encore être obligé de déménager», soupire M. Dominique. Sans domicile fixe depuis trois décennies, l’homme affirme avoir subi quatre démantèlements depuis le début de l’été. Chaque fois, les policiers arrivent sans prévenir, déplore-t-il.

Esprit d’entraide

Pourtant, les campeurs de l’Îlot Voyageur ne dérangent personne, souligne M. Dominique, qui a bien rembourré sa tente pour l’hiver, qu’il chauffe en utilisant des bougies. Les campeurs peuvent aussi s’entraider et se protéger, ajoute-t-il. «Ça fait cinq vies que je sauve en deux semaines», lance Jason Dominique, qui s’est procuré de la naloxone pour intervenir lorsque des campeurs vivent une surdose reliée à la consommation d’opioïdes.

«Je ne veux pas changer ma vie. Je suis bien comme je suis là», ajoute M. Dominique. Pour lui, il est hors de question d’aller dans le refuge aménagé dans l’Hôtel Place Dupuis, juste en face. Si le campement doit disparaître, il ira planter sa tente ailleurs, confie-t-il.

«Au refuge, il faut faire la file et suivre les règles. Il y a trop de protocoles», explique M. Dominique, qui craint aussi d’attraper la COVID-19 s’il se rend dans un refuge, où le respect de la distanciation physique peut s’avérer complexe.

campements
Quelques tentes ont pris forme sur le site de l’Îlot Voyageur dans les derniers mois. Zacharie Goudreault/Métro.

Un démantèlement «imminent»

Selon Cactus Montréal, qui tire ses informations du Service de sécurité incendie de Montréal et du Service de police de la Ville de Montréal, le démantèlement de ce campement devrait avoir lieu d’ici quelques jours, potentiellement lundi. M. Mary a toutefois espoir que cette opération se déroule dans le calme, l’organisme ayant réussi à convaincre les services de la Ville de l’informer en amont de ce démantèlement.

«Il n’y a pas de démantèlement en cours ou prévus sur le terrain de l’îlot voyageur appartenant à la Ville. Ce sont des rumeurs non avérées», a toutefois répliqué à Métro, en fin d’après-midi, une attachée de presse de l’administration de Valérie Plante, Catherine Cadotte. Elle préfère parler d’une opération de «mise à l’abri solidaire et volontaire».

«Des intervenants offrent aux campeurs un entreposage gratuit de leurs effets personnels, jusqu’au 31 mars 2021, et nous travaillons avec nos partenaires communautaires pour accompagner les personnes vers les ressources disponibles», indique-t-elle.

«Je veux monter ma tente une fois pour toutes et qu’on arrête de me déloger.» -Jason Dominique, campeur à l’Îlot Voyageur

Plus de tolérance réclamée

Des démantèlements de petits campements dans Hochelaga auraient aussi eu lieu en matinée, vendredi, selon le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

«Sur la rue Sicard, les personnes qui voulaient continuer à dormir en tentes sont juste parties un peu plus loin», indique à Métro l’organisatrice communautaire du RAPSIM, Laury Bacro. «On ne fait que mettre ces gens-là plus à risque» en les éloignant des organismes communautaires et en les divisant en plus petits groupes, déplore-t-elle.

Jean-François Mary appelle ainsi la Ville à faire preuve de plus de tolérance à l’égard des campements qui ont pris forme cette année dans la métropole dans le contexte de la pandémie du coronavirus et de la crise du logement.

«Ce qu’on demande à la Ville, c’est de faire preuve d’un minimum d’humanisme et qu’elle tolère les personnes [qui s’installent] où ça ne dérange personne», plaide-t-il.

Au cas par cas, dit la Ville

Questionné par Métro vendredi, le responsable de l’habitation au comité exécutif, Robert Beaudry, n’a pas écarté la possibilité que d’autres démantèlements de campements aient lieu dans les prochains jours.

«Ça va être des évaluations au cas par cas […] Il y aura des évaluations pour analyser les enjeux de santé et de sécurité», a-t-il déclaré en marge d’un point de presse portant sur la conservation de logements abordables dans Lachine et Verdun. Il a d’ailleurs souligné qu’aucune arrestation n’a eu lieu en lien avec le démantèlement du campement de la rue Notre-Dame Est qui, selon lui, «a somme toute bien été».

L’élu de Projet Montréal a d’ailleurs invité les personnes qui vivent dans ces tentes à se diriger vers les différents refuges d’urgence mis en place par la Ville dans les derniers mois, alors que le nombre d’itinérants aurait doublé à Montréal.

«Les ressources en place sont tout à fait suffisantes», a assuré M. Beaudry.

La tolérance des campements est-elle envisagée par la Ville?

«On n’est pas une optique de tolérance. On est dans une optique de santé publique et de sécurité publique», a tranché l’élu.

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Coronavirus: le nombre d’itinérants a-t-il doublé à Montréal?

Le nombre d’itinérants aurait doublé à Montréal, principalement en raison de la pandémie, selon la mairesse Valérie Plante. Une estimation que remettent toutefois en question plusieurs organismes du milieu consultés par Métro.

«Selon notre commissaire aux relations avec les personnes en situation d’itinérance [Serge Lareault] et les refuges avec lesquels on travaille étroitement, le nombre d’itinérants aurait doublé», a déclaré Mme Plante vendredi. Elle répondait alors à la question d’un journaliste en marge d’une conférence de presse portant sur la conclusion d’une entente de principe entre Québec et Ottawa quant à la Stratégie nationale sur le logement.

Le dernier recensement des sans-abri au Québec, réalisé en 2018, faisait état de 3149 personnes en situation d’itinérance visible dans la métropole. Or, «il y aurait à peu près 6000 personnes en situation d’itinérance» actuellement, a affirmé Mme Plante.

Contacté par Métro, le directeur des communications du cabinet de Mme Plante, Youssef Amane, n’a pu fournir une estimation plus précise du nombre d’itinérants à Montréal. Il précise que la Ville est arrivée à ce constat «au fil des discussions avec les partenaires».

Deux fois plus d’itinérants?

Plusieurs organismes montréalais œuvrant auprès des personnes en situation d’itinérance à Montréal ont toutefois remis en question l’estimation de la Ville, vendredi.

«C’est certain que le chiffre [du nombre d’itinérants à Montréal] risque d’avoir augmenté. Mais honnêtement, je ne pense pas qu’on ait vraiment des données précises qui nous permettent d’arriver à cette conclusion», souligne à Métro le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts.

«S’il y a eu un calcul, j’aimerais qu’on le partage avec nous parce qu’on est sur le terrain», ajoute-t-il. Une demande que partage le président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce.

«Je n’ai pas vu des statistiques qui assurent que la population itinérante a doublé. Je ne doute pas qu’on ait eu des augmentations, mais ces chiffres-là, j’aimerais bien les voir», indique-t-il en entrevue. 

Manque de lits

À la fin août, la Ville de Montréal a annoncé, en concertation avec la Santé publique, l’ouverture de trois refuges temporaires pour personnes en situation d’itinérance, portant à 850 le nombre de lits d’urgence temporaires déployés jusqu’à maintenant dans le contexte de la crise sanitaire.

Ces trois ressources, situées dans l’ancien hôpital Royal Victoria, dans l’ancien YMCA du quartier Hochelaga-Maisonneuve et au Complexe Guy-Favreau, totalisent environ 315 lits. Or, ceux-ci ont déjà atteint leur pleine capacité. Pendant ce temps, le campement de la rue Notre-Dame Est, qui compte plusieurs dizaines de tentes, a continué de prendre de l’ampleur dans les dernières semaines.

«Et présentement, malgré les ressources hivernales qu’on a mises en place, on pense qu’il va nous manquer 300 lits dès le début de l’hiver», a ajouté Mme Plante, qui est à la recherche de «solutions».

«Nous sommes très inquiets.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

Les impacts de la pandémie sur les itinérants

Valérie Plante a associé cette situation à la pandémie, qui a mis plusieurs personnes dans une situation financière précaire dans les derniers mois.

«Si je me fie aux anecdotes, on peut dire qu’il y a des personnes qui se présentent à nos portes qui disent être tombées dans la rue récemment en raison d’une perte d’emploi. Et ils ont perdu leur emploi en raison de la COVID», commente M. Pearce.

Au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), on souligne la possibilité que la pandémie ait amené dans la rue des personnes qui pratiquaient une forme d’itinérance cachée à Montréal.

«Les personnes qui vivaient chez des amis, bien peut-être qu’on leur a demandé de quitter les lieux parce que ce n’est plus sécuritaire [dans le contexte de la COVID-19]», illustre la directrice du RAPSIM, Annie Savage.

Plan hivernal

Alors qu’une deuxième vague du coronavirus se profile à l’horizon, la Ville prévoit augmenter le nombre de lits d’urgence dans le cadre de son plan sur les mesures hivernales en itinérance.

«On est en train de planifier les mesures hivernales et je prévois qu’on pourra bâtir entre deux trois cents lits d’urgence [supplémentaires] pour l’hiver. C’est ce qu’on avait prévu», indique à Métro Sam Watts, un des partenaires de l’administration Plante dans ce dossier.

Les trois organismes consultés se montrent confiants que la Ville et la Santé publique réussiront à déployer suffisamment de lits d’urgence pour l’hiver. Ils rappellent toutefois l’importance de mettre en place des mesures plus pérennes pour faciliter la réinsertion sociale des itinérants.

«La solution, c’est le logement permanent», conclut M. Watts, qui voit d’un bon oeil l’entente de principe conclue entre Québec et Ottawa jeudi.

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