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Pénurie de professeurs à l’aube de la rentrée scolaire

Pénurie de professeurs à l’aube de la rentrée scolaire
Photo: Archives MétroUne affiche de la Commission scolaire de Montréal

Les années se suivent et se ressemblent pour les commissions scolaires du Grand Montréal. À quelques jours de la rentrée, plusieurs d’entre elles confirment toujours être aux prises avec une pénurie de professeurs «urgente».

«On est en situation d’urgence au même niveau que l’année dernière, confie la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel Bourdon. Au retour des vacances, il y avait beaucoup de postes à combler. On en a comblé un certain nombre, mais disons que la situation est préoccupante.»

Si «les statistiques fluctuent trop» pour chiffrer le manque d’enseignants disponibles à la CSDM, la présidente confirme qu’il y avait une centaine de postes à combler sur 9000 places au début de l’été. «Il n’y a jamais une journée où on est à zéro. Ça fluctue toujours entre trente et soixante», avance Mme Harel Bourdon.

«On est conscient que, mercredi, il va y avoir de mauvaises surprises dans certaines écoles.» – Catherine Harel Bourdon

Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM
Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM

Suppléants non qualifiés

La pénurie se fait ressentir dans d’autres commissions de l’île de Montréal, dont la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB).

«La pénurie est un problème bien réel et urgent. À l’heure actuelle, on a toujours des postes d’enseignants à combler», souligne la porte-parole de la CSMB, Gina Guillemette. Au moment d’écrire ces lignes, la CSMB était à pied d’oeuvre pour combler une vingtaine de postes à temps plein.

«La pénurie est telle qu’on déploie des mesures exceptionnelles pour la combattre», poursuit Mme Guillemette. Ces mesures se traduisent entre autres par des formations données depuis août à une centaine de suppléants «non légalement qualifiés» de la commission.

«On a développé un diplôme d’étude Diplômes d’études supérieures spécialisées (DESS) pour former les enseignants qui n’ont pas le brevet d’enseignement. C’est une façon pour nous de les qualifier plus rapidement, de les retenir chez nous», avance la porte-parole.

Les rives moins touchées, mais en alerte

Sur les couronnes nord et sud, la pénurie a aussi ses effets. Mais ce sont surtout les postes de suppléance qui sont affectés. À Laval en particulier, la tendance est «similaire à l’année dernière», analyse la présidente de la Commission scolaire de Laval (CSDL), Louise Lortie.

«On est quand même en bonne voie de combler les postes de titulaires. Notre problème présentement, c’est qu’on n’aura pas de banque de suppléants. C’est presque à sec», lance-t-elle.

«Il faut se démarquer, mais on est toutes un peu dans le même bateau.» – Louise Lortie, présidente de la CSDL

À la Commission scolaire Marie-Victorin (CSMV), qui couvre une bonne part de l’agglomération de Longueuil, l’écho est le même. En date de mercredi dernier, 4 postes complets et 45 postes à contrat devaient être pourvus.

«C’est une situation qui n’est pas inhabituelle par rapport à l’an dernier. Mais je vous dirais que c’est un défi», convient le directeur général adjoint de la CSMV Ghilsain Plourde.

Plus grande clientèle

La situation est d’autant plus exacerbée que les commissions scolaires doivent faire face à un nombre croissant de nouveaux élèves, affirment les porte-paroles.

«Plus on a d’élèves, plus on a besoin de profs», poursuit Gina Guillemette, de la CSMB. Elle évalue que la commission montréalaise aurait besoin de «200 à 300 enseignants de plus par année».

La CSDM estime pour sa part qu’elle devra accommoder «minimalement 2000 nouveaux élèves» à la rentrée, soit une hausse d’environ 3% par rapport à son bassin actuel. Mme Harel Bourdon affirme que 100 nouveaux enseignants devront être ajoutés au personnel à chaque année si la tendance se maintient.

Quel rôle pour les universités?

Si les facteurs sont multiples pour expliquer la chute du nombre de professeurs au Québec, le rôle des facultés universitaires est à retenir, croient les personnes interrogées.

«Il n’y a pas assez de jeunes et de moins jeunes qui vont vers le baccalauréat en enseignement, convient Catherine Harel Bourdon. Il faut qu’il y ait nécessairement plus d’entrées et que les gens se découragent moins pendant leur formation.»

C’est cette baisse du nombre de nouveaux professeurs qui a forcé la CSMB à considérer les enseignants non légalement qualifiés.

«Il y a toutes sortes de mesures pour attirer plus de gens qui ne sont pas en enseignement vers cette profession-là», propose Gina Guillemette.

La CSDM fait des démarches auprès des facultés d’éducation pour mettre en place «un certificat ou une maîtrise qualifiante». Celles-ci permettraient à des étudiants déjà diplômés d’obtenir le droit d’enseigner sans devoir se doter d’un brevet.

À la sortie des études, c’est la «valorisation de la profession» qui devra être améliorée, réitère Mme Harel Bourdon.

«Dans d’autres pays du monde, le métier d’enseignant est vu de façon beaucoup plus positive que ce qu’on entend ici», soulève-t-elle.

Dans les facultés

Métro a compilé le nombre de diplômés brevetés en éducation depuis 2000 dans trois grandes universités de la province. Si la réduction du bassin de nouveaux professeurs est observable à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l’Université Laval (UL), elle ne l’est pas à l’Université de Montréal (UdeM).

Le nombre de diplômés en enseignement à l'Université Laval et à l'Université de Montréal depuis 2000
Le nombre de diplômés en enseignement à l’UL et à l’UdeM depuis 2000
Le nombre de diplômés en enseignement à l'UQAM depuis 1999-2000
Le nombre de diplômés en enseignement à l’UQAM depuis 1999-2000

Ces données ont été obtenues auprès des établissement concernés. Les données de l’UQAM sont calculées sur une année scolaire. Celles de l’UdeM et de l’UL, sur une année civile.