National

ABI: l’hypothèse de règlement du ministre Boulet bien reçue par la direction

ABI: l’hypothèse de règlement du ministre Boulet bien reçue par la direction
Photo: Jacques Boussinot/Archives La Presse canadienneLes travailleurs de l'Aluminerie Bécancour lors d'une manifestation en avril dernier.

MONTRÉAL — L’hypothèse de règlement du ministre Jean Boulet pour tenter de mettre fin au lock-out qui sévit à l’Aluminerie de Bécancour depuis plus de 15 mois n’a réjoui que la direction. Le syndicat des Métallos y voit un «copier-coller» de la dernière offre de l’employeur et il ne tiendra pas de vote à ce sujet.

«Non, on n’a pas l’intention de convoquer d’assemblée générale. On va informer nos membres du contenu de l’hypothèse, mais ce n’est pas dans notre intention de convoquer une assemblée générale. De toute façon, ce n’est pas une offre, c’est une hypothèse de règlement soumise par le ministre. Et l’employeur a tout simplement dit que pour lui, ça pouvait faire l’objet d’un cadre de travail» a justifié en entrevue Clément Masse, président de la section locale 9700 du syndicat des Métallos, affilié à la FTQ.

À ses yeux, cette hypothèse de règlement n’est ni plus ni moins qu’une réédition de l’offre patronale du 4 mars que ses membres avaient déjà très largement rejetée le 11 mars.

«C’est pratiquement un copier-coller de la dernière offre de l’employeur rejetée par nos membres. Cela dit, nous réitérons notre ouverture à négocier avec l’employeur pour arriver à une entente à la satisfaction des deux parties, comme cela est le cas depuis le début du conflit», a-t-il ajouté.

Le 17 avril, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale avait soumis une hypothèse de règlement aux deux parties, incluant un protocole de retour au travail. Il avait assuré qu’il demandait des concessions aux deux parties. Son hypothèse abordait les salaires, le régime de retraite, les mouvements de main-d’oeuvre, la réorganisation du travail, la sous-traitance, les libérations syndicales et la durée de la convention collective.

Ministre: une grande déception

De son côté, le ministre Boulet, qui disait voir «un grand pas en avant» dans le fait que la direction ait si bien reçu son hypothèse de règlement, a avoué sa grande déception, mercredi soir, devant la réaction du syndicat. Dans un communiqué envoyé par son cabinet, il a indiqué que des concessions ont été demandées aux deux parties dans le document en question:

« Je suis extrêmement déçu de la réaction du syndicat. Le vocabulaire employé par le syndicat laisse croire qu’il n’a pas fait une analyse rigoureuse de l’hypothèse de règlement. Des concessions ont été demandées aux deux parties. Je souhaite que les salariés puissent l’analyser et s’exprimer de façon libre et volontaire. »

Avant que la section locale 9700 ne refuse sa proposition, le ministre avait proposé au syndicat de le rencontrer à la suite de la bonne réception de son hypothèse de règlement par la direction. M. Masse s’était dit prêt à rencontrer le ministre, mais il disait attendre surtout «un signal de l’employeur s’il veut négocier».

Direction: une étape positive

Avant le refus du syndicat, la direction de l’Aluminerie de Bécancour avait dit estimer que cette hypothèse de règlement «demande de la flexibilité sur la position de négociation d’ABI», mais qu’elle constitue tout de même «une étape positive pour parvenir à une entente».

ABI disait espérer que la partie syndicale «la considérera aussi comme un cadre de travail pour une entente finale qui mettra fin au conflit de travail qui perdure depuis 15 mois» a écrit la direction dans un communiqué.

Quelque 1030 travailleurs ont été mis en lock-out par la direction le 11 janvier 2018. En mars dernier, ils étaient 926 encore actifs.

Avant cette ultime intervention du ministre Boulet, d’innombrables tentatives de rapprochement des parties — médiation, médiation spéciale, rencontres avec les ministres du Travail libéral puis caquiste, rencontres avec le premier ministre François Legault — ont échoué jusqu’ici. Le syndicat avait également proposé l’arbitrage, ce que la direction d’ABI avait refusé.

ABI est propriété à 75 pour cent d’Alcoa et à 25 pour cent de Rio Tinto.

Lia Lévesque, La Presse canadienne