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La vaccination, le nouveau requis pour la socialisation

La vaccination, le nouveau requis pour la socialisation
Les applications de rencontres donnent des incitatifs additionnels aux usagers qui ont été vaccinés contre la COVID-19. Photo: iStock
Luz Lancheros - Metro World News

Malgré la disparité d’accès et la lenteur de la vaccination, il existe déjà des règles pour les voyages et les rencontres intimes basées sur l’immunisation. Métro explore la situation.

Selon les chiffres de Our World In Data, 5,6 milliards de doses de vaccin contre la COVID-19 ont été administrées dans le monde, et plus de 30 millions supplémentaires sont administrées chaque jour. Le Québec fait bonne figure en matière de vaccination grâce à un taux de plus de 80% de personnes vaccinées à deux doses, dans la tranche d’âge des 12 ans et plus.

Cependant, la vaccination collective est loin d’être une réalité dans plusieurs pays. Par exemple, aux États-Unis, seulement 50,9% de la population totale a été vaccinée. Sans parler des pays en développement, où ces chiffres sont beaucoup plus faibles en fonction de l’accès aux vaccins et des politiques de santé publique. Selon les experts, les personnes non vaccinées auront beaucoup de mal à revenir à la nouvelle normalité, car cela pourrait affecter leurs déplacements, leur participation à des événements publics et même leur intimité avec les autres.

Plusieurs sites de rencontre populaires donnent déjà la priorité aux utilisateurs vaccinés. Par exemple, 43% des 1500 personnes interrogées sur Coffee Meets Bagel ont déclaré que la vaccination était un élément important des rencontres. De plus, au Royaume-Uni, les gens peuvent désormais afficher un badge sur plusieurs applications de rencontre pour montrer qu’ils ont reçu le vaccin. Des applications comme Tinder, Match, Hinge, Bumble, Badoo, Plenty of Fish, OurTime et Muzmatch ont toutes rejoint cette initiative gouvernementale. Il existe même des incitations supplémentaires pour ceux qui ont reçu le vaccin contre la COVID-19, comme des crédits gratuits, des mises à niveau de profil et des «super likes». Bumble permet même à ses membres de partager leurs préférences en matière de rencontres.

La vaccination présente également un attrait supplémentaire: une enquête YouGov menée auprès d’environ 5000 adultes a montré que 23% des personnes interrogées ne sortiraient pas avec une personne non vaccinée. D’autre part, certains événements et pays sont même restrictifs quant aux marques de vaccins utilisées.

Mais tout est plus complexe qu’il n’y paraît. La falsification de certificats de vaccination fait déjà la une des journaux dans plusieurs pays. Au Québec, des failles semblables ont été découvertes similaires, notamment le piratage des codes QR de personnalités politiques, y compris le François Legault, le ministre de la Santé Christian Dubé et la mairesse Valérie Plante. Le piratage de ces données personnelles a été effectué par des pirates qui ont utilisé des données très faciles à trouver, dont la date de naissance ou le lieu de vaccination que certains ont affichés sur leurs médias sociaux.

«Sur Grindr, de nombreuses personnes affichent déjà leur état de santé en montrant les médicaments qu’elles prennent contre le VIH. Mais beaucoup de personnes mentent. Cela s’extrapole au vaccin de la COVID-19, mais c’est là que les restrictions sociales interviennent. Seules les personnes vaccinées voyagent, les personnes vaccinées retournent à l’école en fonction des contrôles dans chaque pays», explique à Métro Gustavo Prado, fondateur de TrendoMX. «Cependant, cette mesure est déjà ignorée à certains endroits, car les taux de vaccination ne sont pas encore totalement avancés. Les gens continuent à sortir même s’ils ne sont pas vaccinés et d’autres veulent se faire vacciner pour rattraper le temps perdu pendant la pandémie.»

Il ajoute: «Et c’est drôle que sur Tinder, vous puissiez dire que vous êtes vacciné et que c’est célébré. Les gens ont tendance à vendre leur meilleur profil. Ils peuvent mentir, mais la santé compte dans la façon dont on entre en relation avec les autres.»

Cependant, au Royaume-Uni, cette méthode a été critiquée pour son caractère intrusif. Dans les sociétés asiatiques, les gens ont même été suivis à la trace pour gérer leur risque de contagion et dans une culture où la réussite individuelle passe par la gloire collective, cela passe difficilement inaperçu. Mais le nouveau statut de la vaccination, en revanche, a un grand ennemi: les anti-vaccins.

Un groupe à ne pas sous-estimer 

Les anti-vaccins ne se réduisent pas à un groupe de personnes mal informées qui sèment de fausses théories et se moquent des personnes qui se vantent de leur vaccination (comme cela se passe sur Reddit, par exemple), en les désignant comme des «cobayes de l’industrie pharmaceutique». En fait, au cours de ce premier semestre aux États-Unis, le taux de vaccination a ralenti de 43%. Ce mouvement a une longue histoire qui s’est cimentée depuis les années 1990. Et selon le Center for Countering Digital Hate, il existe douze mouvements anti-vaccins avec plus de 58 millions d’adeptes, qui paient même pour la publicité.

De même, les groupes d’extrême droite, ainsi que le parti républicain (40% d’opposants à la vaccination), sont influents. Et bien sûr, des raz-de-marée, de fausses informations circulent sur le web. Ainsi, se faire vacciner n’est pas seulement un badge pour avoir accès à certaines choses, mais un acte politique qui témoigne de la croyance en la science. Au Québec, le chef du parti Conservateur Éric Duhaime se dit en faveur du libre-choix sur la vaccination. Il s’oppose même à l’implantation du passeport vaccinal limitant les activités et événements auxquels les Québécois non vaccinés ont droit.

Avec la collaboration de Guillaume Guay-Morin.


Trois questions pour…

Jack Jedwab, directeur de l’Association d’études canadiennes

Il y a des gens qui préfèrent ne pas faire de rencontres sur Tinder avec ceux qui n’ont pas reçu leurs doses du vaccin contre la COVID-19. Comment cela affectera-t-il les relations à l’avenir?

Les personnes qui insistent pour rencontrer d’autres personnes vaccinées demanderont si c’est le cas et détermineront sur la base de la réponse si elles souhaitent poursuivre. Je ne pense pas que ce soit à Tinder d’en faire une obligation, mais cela pourrait être ajouté au profil de quelqu’un et ainsi la minorité non vaccinée pourrait être à nouveau limitée dans ses choix. Mais ceux qui ne sont pas vaccinés à un moment donné recherchent des personnes non vaccinées partageant les mêmes idées. 

Qu’en est-il des voyages?

Aux États-Unis, par exemple, il y aura toujours moins de restrictions et la probabilité d’interagir avec des personnes non vaccinées est donc élevée. Il existe de nombreuses croisières où la vaccination complète est obligatoire. Mais même dans ce cas, nous apprenons que la durée du vaccin est limitée et qu’il existe donc des risques, même lorsque la vaccination complète est obligatoire. De plus, les tests PCR dont vous aurez besoin pour rentrer chez vous ne sont pas aussi faciles à obtenir dans certaines régions des États-Unis que certains le pensent. Si vous cherchez à faire la fête, vous feriez mieux de choisir des endroits que vous connaissez mieux, dont le Canada.

Comment la vaccination va-t-elle changer le marché de la santé?

Ce sera certainement une montée en flèche pour les produits pharmaceutiques, car le niveau d’anxiété lié à la COVID-19 et le déclin de la santé mentale et physique entraîneront un recours accru aux médicaments. Et il y aura une grande remise en question de la profession médicale, qui a été submergée par la crise et qui a besoin de soutien et de plus de ressources, ce qui ne manquera pas de se produire.


Les clés

Quelle est le taux d’immunisation des différents pays?

Vous pouvez obtenir ces données sur TimetoHerd: www.timetoherd.com. Suivez les taux de vaccination mondiaux et apprenez dans combine de temps un pays donné atteindra 70% de vaccination.

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